Identité en construction

À partir de 4 ans, les enfants vont essayer de se construire leur identité. Pour ce faire, ils vont se servir de nombreux commentaires, positifs ou désagréables, voire punitifs, qui serviront de briques pour construire leur idée d’eux-mêmes. Le problème, c’est qu’ils ont une idée déformée, car ces commentaires sont souvent émis alors que les adultes sont émotifs. Voici trois antidotes pour faire en sorte que l’estime de soi ne soit pas affectée pendant des années!

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Qui n’a pas déjà entendu des phrases comme « vient-en ici, mon p’tit tannant » d’une matante, certes bien intentionnée, mais qui croit que ce « diminutif » est affectueux? Combien d’élèves ne se décrivent pas comme « TDAH », comme si ces quatre lettres les définissaient? Combien de jeunes n’ont-ils pas reçu des sobriquets ou vécu des moqueries qui affectent autant leur image de soi que leur identité?

VISER LE BIEN, MAIS PARFOIS…

Nous voulons tous le bien des enfants. C’est viscéral chez la plupart des individus. C’est instinctif chez les parents que de vouloir protéger l’intégrité et soutenir l’essence de leurs enfants pour leur permettre de développer leur potentiel humain. C’est intentionnel chez les intervenants, les éducatrices, les enseignants et toute autre personne qui a décidé d’en faire un métier.

On ne met pas au monde un enfant pour lui faire du tort, mais l’histoire singulière et la charge mentale d’un adulte font en sorte que, parfois, l’intervention va blesser l’enfant, malgré qu’il voudrait pourtant l’envelopper de tendresse. Malheureusement, les réalités familiales conduisent parfois jeunes et moins jeunes dans les cordes d’un ring qu’aucun n’a jamais désiré.

On ne choisit pas un métier éducatif ou psychosocial pour nuire à l’épanouissement d’un enfant, mais il arrive qu’une perte de moyens momentanée ou chronique blesse un enfant. Il arrive que des croyances ou des attentes déraisonnables conduisent l’adulte à occulter sa part de responsabilité dans une dynamique de groupe qui invite les jeunes à se comporter d’une manière dérangeante, voire irritante.

Somme toute, nous avons tous des limites. Les nôtres, mais aussi les conduites sociales attendues. Normal. Nécessaire. Le tout, c’est de déterminer quand les affirmer pour éviter d’être nous-mêmes réactifs. C’est l’adulte qui est responsable du « quand » et du « comment » faire respecter le code de vie familial ou scolaire.

LES COMPORTEMENTS DÉRANGEANTS

Bien sûr, plusieurs comportements d’enfants nous interpellent. Parfois, fréquemment. Ils peuvent être réactifs ou avoir des comportements inadéquats, mais on oublie qu’ils agissent par instinct ou par intuition. Cela peut nous déranger ou nous provoquer, mais cela traduit surtout une demande d’aide. Cela ne veut toutefois pas dire que c’était planifié comme un adulte le ferait.

Certains enfants peuvent nous donner l’impression d’être impulsifs ou agités, mais ils sont surtout sans filtres et spontanés, et ce, même s’ils sont parfois agressifs. Souvent, ils ne connaissent pas leur force ou confondent vitesse avec précipitation pour obtenir quelque chose. Ils doivent apprendre à canaliser leurs émotions pour agir de manière constructive, mais pour cela ils doivent comprendre l’univers dans lequel ils vivent.

Si une souris ne doit pas aller à l’école pour savoir qu’un chat est dangereux pour elle, les enfants doivent se construire un répertoire de références qui leur permettent de décoder l’ensemble des situations, parfois complexes, qu’ils vivent quotidiennement. Cela les conduit souvent à tester, à expérimenter, à vérifier ou à confirmer des règles du jeu familiales ou sociales qui sont parfois bien plus abstraites qu’on le croit.

Comme le langage est loin d’être assez développé pour permettre aux enfants de nommer clairement ce qu’ils vivent, c’est leur comportement qui nous informe de ce qu’ils ressentent ou voudraient dans l’instant. Souvent, l’adulte ne comprend pas ce langage, alors qu’il vit lui-même des émotions, parfois intenses, face aux comportements incompris.

Malheureusement, leur cerveau ne permet pas de réguler le stress et les excès d’émotions sans aide d’un adulte en qui ils ont confiance. Parfois, ils vont exploser. Parfois, ils vont provoquer pour s’assurer qu’on prenne soin d’eux. Ils préfèreront ainsi de l’attention négative que pas d’attention. Parfois, ils auront vécu tellement d’échecs, qu’ils se désorganiseront de manière chronique, mais ils pourraient aussi se résigner, car ils ont perdu l’espoir que les adultes prendront soin d’eux.

LES YEUX SALES

Ma conjointe est née dans une région du Québec dans laquelle on utilise l’étiquette « les yeux sales ».

Quand elle était enfant, elle ne parlait pas beaucoup, mais regardait et observait les adultes. Plusieurs matantes lui ont maintes fois dit « tu as les yeux sales ».

Était-ce parce qu’elle les observait et qu’elles se sentaient mal-à-l’aise?

Était-ce parce qu’elle a des yeux bruns, alors que la majorité des membres de la famille avaient des yeux bleus?

Toujours est-il que ma conjointe a encore de la difficulté à entendre que je trouve que ses yeux sont beaux. L’empreinte de l’enfance l’a trop marquée.

Il y a une identification tellement profonde que tout mon amour n’arrive pas à contrebalancer. En fait, il n’y a qu’elle qui peut désamorcer cette identification à ces reflets peut-être maladroits, mais tellement violents pour un enfant.
Alors, imaginez l’impact des reflets exprimés à un enfant pris régulièrement dans les excès d’émotion, réagit avec les moyens du bord et se fait régulièrement punir avec des mots qui reflètent plus l’excès de l’adulte que la réalité de l’enfant dérangeant.

LA CONSTRUCTION DE L’IDENTITÉ

À partir de 4 ans, ils vont aussi essayer de se construire leur identité. Pour ce faire, ils vont se servir de nombreux commentaires qui serviront de briques pour construire leur idée d’eux-mêmes et ils vont expérimenter aussi comment réagit leur entourage.

Ainsi, ils accumulent nombre d’idées d’eux-mêmes qui leur ont été offertes par les personnes qui les entourent. Le problème, c’est qu’ils ont une idée parfois déformée de ce qu’ils sont, car ces commentaires sont souvent émis alors que les adultes sont eux-mêmes émotifs.

Quand le reflet est juste, positif ou constructif, car ils ont fait une bêtise, cela les informe sainement… Ainsi, quand le commentaire est exprimé avec bienveillance, ils acceptent l’idée d’eux-mêmes que l’adulte expose. Cela les aide à grandir et à comprendre pour s’ajuster.

Quand le reflet parle plus de l’excès d’émotion de l’adulte, les enfants vont soit s’effondrer et se résigner confronté à une intervention agressive ou punitive. Cela altère leur résilience. D’autres vont protester et cela complique la situation, car l’adulte se sent provoqué. C’est un des problèmes d’ailleurs qui nourrit la méprise des comportements d’opposition ou de provocation (en savoir plus).

Si cela se reproduit souvent, les comportements vont devenir automatiques : résignation silencieuse ou opposition passive et active.
Souvent, la résistance des enfants opposants va perdurer jusqu’à 7 ans. Là, l’enfant, va accepter le deal. Contraint. Conquis. Ou, alors, il va se désorganiser fréquemment.

Certains résisteront plus longtemps si, soit à la maison, soit à l’école, ils vivent tout le contraire. L’adulte bienveillant va lui montrer qu’il vaut plus que les idées qu’on a de lui dans l’autre lieu de vie.

Cela dit, il y aura une confusion qui, tôt ou tard, l’emportera. L’identité se construisant notamment sur les commentaires reçus, certains enfants auront une bien piètre image d’eux-mêmes. C’est ce qu’on appelle une introjection identitaire. L’enfant s’identifie à ce qu’on dit de lui. Et il comprendra le monde et agira dans son référenciel. Si celui-ci est imparfait ou confus, l’enfant agira de manière maladroite et cela justifiera les interventions parfois castratrices envers lui ou elle…

Combien se saboteront alors en étant incapables de gérer la réussite?

Combien développeront des idées grandioses d’eux-mêmes pour compenser la faible estime de soi?

Combien auront besoin de se rehausser en nuisant à autrui?

Combien seront en mesure de canaliser leurs forces pour se donner un élan constructif malgré tout?

Combien ont assez de force de résilience pour se reconstruire?

EFFET PYGMALION & ATTENTES PRÉDICTIVES

Toutefois, il n’y a pas que les enfants qui vont se construire une image déformée d’eux-mêmes. Les adultes sont tout aussi influencés par l’idée qu’ils ont de l’enfant ou du groupe d’enfants. C’est le principe de l’effet Pygmalion qui risque de contraindre pendant de nombreuses années la nature et les objectifs des interventions…

Plusieurs recherches ont été menées pour comprendre comment les « attentes » des adultes pouvaient influencer la performance des enfants, mais aussi des rats de laboratoire.

Par exemple, des étudiants-chercheurs ont été recrutés par Rosenthal et Fode à entraîner des rats qui devaient se déplacer le plus rapidement possible dans un labyrinthe. Les entraîneurs ont été séparés en trois groupes. Pour le premier, on leur avait dit que les rats étaient excellents et que cela serait facile d’atteindre un haut degré de performance. Pour le deuxième, on leur a dit que les rats étaient médiocres et que cela demanderait beaucoup d’énergie pour leur permettre d’atteindre les standards escomptés. Pour le troisième, ils étaient complices des chercheurs. Ils savaient que les rats n’étaient ni bons, ni mauvais, mais qu’ils devaient viser l’efficience de l’apprentissage.

Savez-vous qui a eu les meilleurs résultats?

Les souris étaient similaires dans les trois groupes, mais c’est le troisième qui a montré les meilleures performances, suivi du premier. Les chercheurs présupposent que la prédiction d’avoir les meilleurs résultats aurait diminué l’ardeur de l’entraînement.

Quant au deuxième groupe, le fait de penser que c’étaient de mauvaise souris, les entraîneurs avaient déjà abandonné la partie, ne croyant pas à la réussite de leur groupe.

Somme toute, les idées qu’on a d’une autre personne affectent la manière dont les « entraîneurs » vont stimuler, accompagner, éduquer ou enseigner aux membres d’un groupe.

Alors, imaginez tous les sobriquets, diminutifs ou même les nombreux diagnostics (trop souvent) mal utilisés tant dans les familles que les écoles! Combien d’enfants vont en souffrir pendant des années?

ANTIDOTES

Un des antidotes est de comprendre comment la charge émotionnelle est vécue par l’enfant et l’adolescent. Si l’adulte apprend à composer avec cette charge, tout en affirmant sainement et clairement les limites familiales et sociales, cela lui permettra de bien doser les commentaires, tant dans le choix des mots que le moment de les exprimer.

Un autre antidote, c’est de valider l’enfant et l’ado, même quand ils vivent des choses difficiles et que nous sommes confrontés à leurs réactivités. Pas que leurs comportements soient adéquats, mais qu’ils ont besoin de notre constance, de notre cohérence et de notre compassion pour être en mesure de canaliser leurs émotions de manière constructive.

Un troisième antidote, c’est de leur expliquer que leur manière de réagir est normale, même lorsque les comportements sont dérangeants. Cela va leur permettre de faire la nuance entre leurs comportements et leur identité. Ce sera dès lors bien plus facile de canaliser leurs réactivités vers des attitudes ou des actions positives. Sans cela, ils s’identifient aux commentaires et aux comportements dérangeants, ce qui les densifient comme leur identité.

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ET LES ADOS?

Un des objectifs de l’adolescence, c’est de remettre en question ces premières années de construction de leur identité.

Ils se détachent de nous et ils questionnent pour redéfinir les contours de leur identité personnelle. Ils sont parfois maladroits, mais cela fait partie de leur expérience. Ils apprennent encore à gérer les relations, mais aussi leur force et leurs pulsions. Ne le jugeons donc pas trop vite. Aidons-les!

Pour les mieux les comprendre et les guider, je vous suggère de visionner la formation sur les défis et enjeux des ados pour mieux les accompagner dans cette période parfois bien difficile pour eux.

ALLER PLUS LOIN

Robert Rosenthal et Kermit L. Fode, The effect of experimenter bias on the performance of the albino rat, Behavioral Science, vol. 8, no 3,‎ 1963, p. 183–189

Robert Rosenthal et Lenore Jacobson, « Teacher Expectation for the Disadvantaged », Scientific American, vol. 218, no 4,‎ 1968, p. 19-23

John E. Edlund et Austin Lee Nichols, Advanced research methods for the social and behavioral sciences, 2019

Joël Monzée, J’ai juste besoin d’être compris, Québec, Eds Le Dauphin Blanc, 2020.

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