POURQUOI CERTAINS ENFANTS ONT TENDANCE À SE REFERMER SUR EUX-MÊMES?

Par Cerveau et Psychologie

On connaît tous des enfants qui sont timides, gênés, craintifs… Il y a des jeunes qui ne quittent pas les jupes de maman, d'autres qui s'accrochent aux jambes de papa. Il y a ceux qui plongent dans les écrans pour oublier ce qui les dérangent. Il y a le spleen de l'adolescence, un mal-être commun. Il y a aussi le mutisme sélectif. Comment les aider à sortir de leur coquille?

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On connaît tous des enfants qui sont timides, gênés, craintifs… Il y a aussi les enfants qui vont s’opposer passivement et ceux qui sont affectés par du mutisme sélectif. Il y a ceux qui préfèrent disparaître quand il y a trop de bruit dans la classe. Ceux qui laissent toujours leur place aux autres. Ceux qui ne demandent rien. Ceux qui ne veulent pas prendre le risque de jouer avec d’autres enfants, surtout s’ils leur sont inconnus. Ceux qui voudraient ne jamais quitter la maison.

• Pourquoi un enfant se cache-t-il derrière les jambes de sa mère?

• Est-il incapable de gérer sa gêne ?

• Qu’est-ce qui explique que mon enfant ne réagisse pas ou très peu lorsqu’il vit des situations nouvelles ?

• Que se passe-t-il dans son corps et dans sa tête dans ces moments si inconfortables pour lui ?

• Est-ce normal ?

• Comment intervenir de façon bienveillante en considérant et en respectant ce qu’il est et comment il vit ses émotions ?

Dans ce dossier spécial, nous aborderons le thème de la sous-réactivité chez les enfants et les ados.

MAÉLIE, 4 ANS

Les parents de Maélie se questionne sur la gêne de leur fillette lorsqu’ils vont dans une fête de famille ou chez des amis pour un souper. Ils comprennent bien que leur fille soit timide dans un magasin ou une activité où il y a plein d’inconnus, mais pourquoi est-ce si intense lorsqu’ils sont en famille?

En effet, Maélie connait bien toutes ces personnes. Elle les aime. Elle se laisse garder par l’un ou l’autre selon les circonstances.

ELLE EST INCAPABLE DE DÉCOLER DES JAMBES DE SES PARENTS

Cependant, son attitude est toute différente lorsqu’il y a plusieurs personnes. Une fois arrivée à destination, elle ne veut pas quitter les bras de son parent. Elle enfouit son visage contre le torse de papa ou s’accroche aux jambes de maman. Elle refuse de dire bonjour et se cache le visage.

Par la suite, elle fait tout ce qu’elle peut pour éviter d’entrer en contact avec qui que ce soit. Elle communique alors en faisant des sons plus que des mots.

Ce ne sont pas des comportements particulièrement dérangeants, mais c’est dommage pour Maélie car, au moment où elle commence à vouloir aller vers les autres enfants de la famille, il est déjà le temps de partir ou… presque.

Parfois, c’est difficile pour les parents de partager leur « bulle » avec leur fille toute la soirée. Ils aimeraient qu’elle aille jouer avec ses cousins et cousines. Qu’elle ose s’envoler. Qu’elle soit plus autonome.

Et puis, ils aimeraient discuter entre adultes, sans que de jolies petites oreilles ne viennent écouter ce qu’ils ont le goût de partager avec leur propre fratrie. Ils ne veulent pas s’impatienter, mais ils aimeraient eux aussi pouvoir profiter de la soirée sans devoir prendre soin de leur fillette.

Et puis, le plus difficile. Ils trouvent délicat de composer avec les commentaires, parfois déplacés, des autres adultes.

Les parents de Maélie l’encouragent continuellement. Ils essaient de la rassurer en lui disant qu’elle n’a pas à être gênée. Ils insistent pour qu’elle leur dise bonjour ou pour qu’elle donne un câlin à l’un ou l’autre…

Ils essaient aussi de la distraire et de la dégêner en la chatouillant. Ils essaient de capter son regard et lui faisant une grimace comique. Ils essaient de dédramatiser ou lui promettent une surprise si elle fait l’effort d’aller jouer avec les autres enfants.

Rien n’y fait. Plus ils insistent, plus elle prend du temps à sortir de sa gêne.

Quoi faire pour accompagner Maélie dans sa timidité ?

• Qu’est-ce qui se cache sous cette gêne ?

• Un problème de socialisation ? Une insécurité ?

• Cela fait-il parti de son développement normal ou cela peut devenir un problème ?

DU TEMPS ET UN ENVIRONNEMENT BIENVEILLANT ET SÉCURISANT POUR MAÉLIE

Un moment passé chez une amie à aider les parents de Maélie à tenter une nouvelle approche face à la gêne de leur fille.

Lorsqu’ils sont arrivés chez Claudia, Maélie a fait les mêmes comportements qu’à son habitude.

Claudia a dit bonjour à Maélie et elle lui a dit qu’elle était contente de la voir.

Sans plus.

Plus tard, elle a dit à Maélie qu’il y avait des livres pour elle et qu’elle pouvait les prendre sans problème.

Sans attendre une réponse en retour.

Maélie a pris beaucoup moins de temps pour sortir de sa gêne.

Elle n’a pas parlé à Claudia mais elle est sortie de la bulle de sa maman et elle a joué près d’elle en lui parlant comme elle sait le faire.

• Est-ce une coïncidence ou y a-t-il une raison à ce changement d’attitude ?

Maintenant, lorsque la petite famille vont chez des amis, ils avisent les autres adultes que Maélie a besoin de temps pour s’adapter avant d’aller jouer, qu’il vaut mieux lui laisser le temps qu’elle a besoin pour être à l’aise et qu’elle ira jouer quand elle se sentira prête.

Ce n’est pas toujours facile de prendre position face aux autres adultes.

Toutefois, ils le font pour leur fille et ils savent que c’est ce dont elle a besoin: du temps pour s’adapter et une présence bienveillante et sécurisante auprès d’elle.

Retenons que…

1) Lorsque l’enfant est gêné, il se retrouve immobilisé. C’est la réponse à un stress, à un inconfort ou à une peur. L’enfant a donc besoin d’être sécurisé.

2) Un lien de confiance est primordial avec l’enfant pour l’aider à tolérer sa gêne, puis se mobiliser tout doucement.

3) Même lorsqu’il se referme sur lui-même, il a besoin d’être vu, entendu et compris pour se donner le droit d’être.

4) Un environnement bienveillant va contribuer, en accompagnant l’enfant pas à pas, à apaiser ce dernier face au stress qui l’envahit et à créer des situations où il se sent rassuré au fur et à mesure de ses expériences.

5) Éviter les paroles telles que: « Tu es dont bien gêné ! », « As-tu perdu ta langue ? ». Elles renforcent le doute et l’insécurité de l’enfant.

6) Dans la petite-enfance, soit de 18 mois à 4-5 ans, le défi pour l’enfant est de trouver le bon équilibre entre son besoin de découvrir le monde et son besoin de lien. Il est donc normal qu’en présence d’autres adultes, dans un environnement qui n’est pas le sien, que l’enfant ait besoin de temps et de se sentir en sécurité pour s’éloigner des parents.

7) Respecter le rythme de l’enfant et respecter son besoin d’être en lien est important afin qu’il se sente apaisé.

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RAPHAËL, 8 ANS

Si elle a beaucoup d’expérience, Caroline admet qu’elle a un groupe particulièrement agité cette année.

Certains élèves prennent beaucoup de place dans la classe et lui demandent beaucoup d’attention pour garder le cap tout au long de la journée.

UN CADRE BIENVEILLANT, MAIS UN CONTEXTE TURBULENT

Chaque jour. Chaque heure. Chaque activité. Elle utilise toutes ses ressources pour maintenir un cadre très serré. Elle arrive à être constante dans ses interventions, notamment en rappelant constamment les règles de vie de la classe.

Ce n’est pas de tout repos.

Heureusement, il y a quelques enfants «sages». Ceux qu’on adore, car ils sont si disponibles aux consignes. Ceux qui équilibre la dynamique agitée de certains élèves.

Quand elle pense à ses élèves-bonbons, elle pense automatiquement à Raphaël. Alors que les autres sont turbulents, lui est toujours très silencieux. Parfois il est si discret qu’elle en oublierait presque sa présence. Quelque part, c’est rassurant. Raphaël, au moins, ne dérange pas.

Plus les semaines passent, plus Caroline se questionne pourtant à propos de cet élève.

En effet, Raphaël participe très peu à la vie de classe. Il préfère travailler seul. Il ne parle que si on lui pose une question. Et encore, il a l’air soulagé quand un pair monopolise son attention.

Par ailleurs, les résultats scolaires de Raphaël son préoccupants.

Il semble être à l’écoute des différents enseignements mais, dans les faits, Caroline comprend que Raphaël est plutôt «dans la lune».

Il la regarde enseigner mais il n’écoute pas, il est «ailleurs».

Elle observe que, lorsque sa classe se met au travail, Raphaël a souvent un temps de retard dans son organisation. C’est comme s’il avait de la difficulté à se mobiliser. Il y a toujours un temps considérable avant toute mise en action pour se mettre au travail.

Somme toute, Raphaël est gentil et ne perturbe pas le groupe, mais Caroline doit souvent lui rappeler certaines consignes pour qu’il puisse se mettre au travail et faire ce qui est demandé.

Certes, les comportements de Raphaël ne sont pas dérangeants, mais l’enseignante sent que ses comportements de gêne ou de timidité pourrait traduire un inconfort envahissant ou une insécurité beaucoup plus profonde qu’imaginé au départ.

Un jour, elle parle avec les parents de Raphaël. Elle leur exprime qu’elle apprécie leur garçon et qu’elle cherche des moyens pour l’accompagner à qu’il s’implique plus dans la vie de la classe.

• Mais qu’est-ce qui peut expliquer cet état «d’être» ?

• Comment s’y prendre pour l’amener à s’ouvrir à la vie de classe tout en respectant son rythme ?

RAPHAËL A BESOIN D’UN LIEN DE CONFIANCE AVEC SON ENSEIGNANTE POUR SE SENTIR EN SÉCURITÉ

Caroline entreprend de renforcer le lien de confiance entre elle et son élève.

Elle sait que Raphaël adore lire. Elle va donc utiliser une force pour lui permettre d’expérimenter le plaisir d’être en classe, vu et entendu par les autres élèves.

Elle lui demande s’il aimerait rester à la récréation pour organiser le coin lecture. Il répond un « oui » discret. Elle profite de ce moment pour discuter avec lui de tout et de rien. Elle veut apprendre à le connaitre.

Cette tâche revient une fois par semaine et, chaque fois, Caroline et Raphaël échangent sur différents sujets.

Elle le trouve progressivement plus impliqué… sauf si certains élèves se désorganisent.

À ce moment-là, Raphaël se referme à nouveau. Il s’immobilise, voire «s’efface» de la dynamique de classe. Comme quoi, l’équilibre s’appuie peut-être sur les défis de chaque élève.

• À court terme, l’enseignant y gagne, mais les élèves peuvent-ils y perdre?

Retenons que…

1) Lorsqu’un enfant se referme sur lui-même, c’est une façon de se protéger des autres et de l’environnement qui l’entourent. Cela diminue indirectement l’état de stress qui, normalement, lui permet de s’adapter.

2) Un lien de confiance avec l’adulte qui prend soin de lui est primordial afin que l’enfant se sente en sécurité, sinon sa résilience va se transformer en résignation et il aura de plus en plus de difficulté à sortir de sa timidité.

3) Lorsque l’enfant se sent en sécurité, il a davantage accès à ses ressources et il sera plus facile pour lui de sortir de son état de sidération.

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FÉLIX, 12 ANS

Félix a débuté le secondaire cette année.

Les parents de Félix ne sont pas préoccupés par ce changement, car ils sentent que leur fils est prêt pour cette nouvelle étape.

QUITTER LE CONNU ET APPRIVOISER LA NOUVEAUTÉ

Félix avait hâte d’être avec des plus vieux, il était content de pouvoir profiter de toutes les installations sportives et de profiter des différentes libertés qu’amènent l’entrée au secondaire.

Toutefois, certains changements se produisent chez Félix depuis son entrée au secondaire.

Ce dernier n’a pas trop envie de parler de ses journées à l’école, il préfère se réfugier dans sa chambre et se retrouver devant un écran dès qu’il en a la possibilité.

Cet intérêt soudain et marqué pour les écrans amènent quelques discussions animées entre Félix et ses parents.

Ils comprennent qu’un ado a besoin d’espace, qu’il a besoin d’être seul.

• Cependant, est-ce normal que leur enfant passe autant de temps seul ?

• Aussi, est-ce sain de le laisser passer autant de temps devant un écran ?

• Comment savoir si ces comportements et ces besoins ne sont pas le reflet d’une souffrance ou une façon d’éviter certaines situations stressantes ?

DU TEMPS ET DE LA BIENVEILLANCE POUR FÉLIX AFIN DE S’ADAPTER À DE NOMBREUX CHANGEMENTS

Les semaines passent et les parents maintiennent leur vigilance.

Ils insistent pour que certains moments se passent en famille et sans écran.

Par exemple, les repas se font toujours en famille et les parents fournissent un effort pour impliquer Félix dans leurs conversations afin que les échanges se fassent à trois.

Félix exerce aussi de nouvelles responsabilités qui l’implique davantage dans la vie familiale et qui le font sortir de sa chambre.

Les parents de Félix réalisent que ce passage du primaire au secondaire a demandé beaucoup d’adaptations pour leur fils.

En effet, avec le temps, leur fils sort quelque peu de cet état de fuite.

Toutes ces nouvelles adaptations étaient une accumulation de stress pour Félix et il a eu besoin de temps pour les intégrer.

Retenons que…

1) Les comportements sous-réactifs sont une réponse à un stress. Le jeune peut avoir le besoin d’intériorisé ses émotions afin de mieux s’adapter aux changements.

2) Des parents accueillants, bienveillants et soutenants aident le jeune à se sentir en sécurité et en confiance.

3) Outiller son ado et le soutenir dans ces moments plus difficiles contribuera positivement à son développement.

4) Les écrans peuvent représenter une façon de s’évader. Toutefois, il est important d’amener notre jeune à exprimer et à ressentir ses émotions afin qu’il puisse les reconnaitre et les comprendre. Les écrans mettent un frein à ce ressenti et à cette recherche de compréhension.

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Dossier préparé par Joël Monzée & Jade Dufort – © Institut de psychologie et neurosciences, 2022.

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