POURQUOI CERTAINS JEUNES SONT SI AGITÉS DU MATIN AU SOIR?

Par Cerveau et Psychologie

Ces dernières années, on a souvent cru que les enfants impulsifs ou les ados agités étaient affectés par le trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité. C'est ainsi que l'Institut de statistique révélait que 23% des élèves avaient reçu un diagnostic de TDAH. On sait désormais, grâce aux neurosciences sociales et affectives, que la réalité est tout autre: il y a d'autres raisons pour lesquelles les jeunes sont agités. En voici quelques-unes...

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S’il fut un temps où nous aimions l’agitation du centre-ville et les nuits de danse ou les soirées stimulantes avec son groupe d’amis, l’arrivée d’un ou plusieurs enfants contraint les jeunes parents à rechercher plus de calme et de quiétude au sein de la famille. Et quand l’un des enfants est plus demandant sur le plan affectif, la famille semble en difficulté. Le sentiment d’impuissance et d’insatisfaction est d’autant plus intense que la vie est complexe.

Il en est de même dans une classe, autant durant la petite enfance qu’à l’école. On s’imagine que le groupe doit se fondre avec une certaine idée qu’on s’est créée quand on a imaginé l’engagement professionnel auprès des jeunes. On veut être un pilier, un maître ou un gourou cognitif, auquel se réfèrent les jeunes qu’on accompagne. Alors, le fait que l’un d’eux résiste ou, pire, perturbe la dynamique du groupe en bougeant continuellement plonge l’intervenant dans le doute et la frustration.

• Qu’est-ce qui explique que certains enfants ont sans cesse le besoin de bouger alors que d’autres parlent sans arrêt ?

• Quels sont les besoins des enfants reliés à cette agitation ?

• Comme parent et intervenant, de quelles façons pouvons-nous accompagner et soutenir les enfants agités afin de les amener à s’apaiser et à se sentir mieux dans leur tête et dans leur corps ?

Dans cet article, nous vous proposons d’aborder l’agitation pour éviter de la confondre avec l’hyperactivité, l’impulsivité ou l’opposition.

THOMAS, 4 ANS

Tous les jours, Max va chercher son garçon Thomas à la garderie.

Lorsque Max accueille son fils, ce dernier lui fait un câlin et ils vont tous les deux se préparer au casier.

Jusque-là, Thomas est calme et coopératif, comme durant toute sa journée avec les éducatrices et les copains du groupe.

Les parents en sont toujours félicités: leur fils est si poli, gentil et respectueux des consignes.

ÇA DÉMÉNAGE DÈS QU’IL RENTRE DE LA GARDERIE!

Mais une fois arrivé à la maison, Thomas bouge sans arrêt. Il court. Il fait des pirouettes… Il se transforme en Ninja!

Après une journée qui est souvent stressante au travail, ses parents souhaiteraient un peu de calme pour préparer le repas, souper calmement et faire la routine du soir. Patatra ! C’est tout l’inverse. Thomas s’agite constamment dans tous les sens.

Même si son père lève le ton. Même si sa mère lui dit qu’il va perdre ses privilèges. Rien n’y fait. Les parents sont découragés.

Il faut souvent répéter les consignes plus d’une fois. La maman explique à sa meilleure amie « c’est comme si l’information ne se rendait pas à ses oreilles ! »

La réalité semble lui donner raison : plus les consignes sont claires, plus Thomas confronte ses parents, surtout sa maman. Il semble davantage tester ses limites.

Une fois au lit, Thomas a de la difficulté à trouver le sommeil. Parfois il lui faut une bonne heure pour s’endormir.

Les parents n’en peuvent plus de cette agitation chez leur enfant, ils se sentent dépassés.

Ils aimeraient comprendre ce qui l’amène à être si agité afin de mieux l’accompagner.

• Comment définir l’agitation ?

• Pourquoi les enfants peuvent être très agités alors que les adultes arrivent à « contrôler » cette agitation ?

• Pourquoi pouvons-nous observer plus d’agitation chez les enfants en fin de journée qu’en début de journée ?

• Pourquoi est-ce difficile d’écouter des consignes pour un enfant qui est agité ?

LE PRIX À PAYER POUR QUE SON ENFANT SOIT SAGE À LA GARDERIE OU L’ÉCOLE

Les parents de Thomas sentent que son agitation prend le dessus, que son corps a besoin de bouger malgré qu’ils lui demandent de se calmer.

Les parents ont aussi observé que leur fils est plus paisible les journées où il reste à la maison. Qu’est-ce qui est différent ?

Ils se demandent si l’accumulation des différents moments de la journée, qu’ils soient positifs ou négatifs, contribuent à l’agitation de fin de journée de Thomas.

Les parents essaient donc de trouver un moyen d’apaiser Thomas au retour de la journée de garderie.

Ils décident de faire davantage bouger Thomas pour lui faire dépenser son excès d’énergie. Toutefois, cette stratégie ne fonctionne pas. Pourquoi ?

Ils décident alors de prendre un moment calme avec lui au retour de la garderie.

Thomas choisit une histoire dans sa petite bibliothèque et un des parents prend une vingtaine de minutes avec lui pour lire un livre.

Ils en profitent pour se blottir l’un contre l’autre, pour vivre un moment doux et calme sans autres distractions. Cette approche semble bien fonctionnée, car Thomas est plus calme par la suite.

Aussi, certains jours, il arrive que Thomas demande plus de temps pour être collé avec papa ou maman lorsqu’ils le bordent avant le dodo.

Les parents adhèrent à cette demande.

C’est parfois très demandant de prendre tout ce temps afin que leur fils s’apaise.

Toutefois, les parents de Thomas sentent que, lorsqu’ils prennent le temps, leur fils s’apaise et les différentes routines du soir sont plus agréables à vivre.

Retenons que …

1) Les comportements agités chez l’enfant sont un moyen d’exprimer un besoin profond d’être apaisé.

2) L’enfant ne le fait pas de manière volontaire, il exprime qu’il ne va pas bien.

3) Plus la journée avance, plus les émotions positives et négatives s’accumulent. Les enfants ont besoin d’être accompagnés et rassurés quand leur agitation prend le dessus.

4) Prendre soin de l’agitation de son enfant c’est aussi prendre soin de soi. Des moments doux et calmes avec les enfants apaisent petits et grands. Pourquoi ne pas tous en profiter ?

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DELPHINE, 7 ANS

Elle parle tout le temps. Mais, encore, quand on dit « tout le temps », c’est tout le temps. Le matin, le midi, le soir, dans le bus, dans le bain, dans l’auto. Les parents décrivent Delphine comme « un vrai moulin à paroles ».

Cela a ses avantages : elle a toujours su se faire comprendre et exprimer ses besoins. Mais, parfois, dieu qu’il serait bon de pouvoir pousser sur un bouton « pause ».

Lorsqu’elle explique sa journée au retour de l’école, par exemple, les détails vont bon train.

Parfois, lorsqu’elle s’apprête à vivre une journée spéciale, elle n’arrête tout simplement pas de parler et s’ajoute à cela une énergie débordante. Elle s’exprime rapidement, son ton de voix monte dans les octaves et ses idées s’emmêlent.

Aussi, dans ces moments-là, en plus de toujours parler, elle tourne en rond, elle ne sait pas quoi faire dans l’attente.

Il lui arrive même de se cogner, de tomber… Comme si son corps devenait maladroit.

Les parents se sentent étourdis! L’enseignante et les copains de classe tout autant.

Ils lui disent de se calmer, mais elle n’y arrive pas. Elle dit qu’elle a trop hâte au moment attendu et qu’elle n’arrive pas à se contrôler.

Les parents de Delphine ne se sentent pas outillés pour accompagner leur fille, ils ne comprennent pas pourquoi elle agit ainsi.

• Ses comportements sont-ils normaux ou non ?

• Pourquoi l’agitation peut aussi se manifester par un flot de paroles excessif ?

• De façon générale, nous pouvons observer une agitation plus physique chez les garçons alors que les filles expriment davantage leur agitation de façon verbo-motrice. Qu’est-ce qui explique ces différences ?

• Quels sont les besoins d’un enfant qui est agité ?

• Comment l’accompagner afin qu’il retrouve un sentiment d’apaisement ?

LE MOULIN À PAROLE TRADUIT UN DEGRÉ DE STRESS INTENSE

Un matin, alors que Delphine s’est blessée en se cognant, sa maman lui masse les bas des jambes et les pieds.

Là, surprise, elle voit que Delphine se détend.

Tout en massant, la maman de Delphine prend de grandes inspirations et de grandes expirations.

Delphine suit sa maman dans cet exercice de respiration.

Delphine s’apaise, se détend. Elle se sent mieux.

Delphine et ses parents retiennent cette expérience de détente et, lorsque Delphine se sent agitée, elle sait qu’elle a un moyen qui l’aide à s’apaiser.

La lecture du livre « Et si on les laissait vivre » lui donna l’explication.

D’une part, les caresses génèrent des sensations cutanées qui vont calmer la partie du cerveau qui déclenche autant la bougeotte que la fontaine de mots.

D’autre part, le calme de la maman se transmet d’autant plus facilement que la fillette respire au même rythme. C’est le principe de la cohérence cardiaque.

Retenons que…

1) Un enfant agité peut être maladroit, se cogner, tomber. Des exercices de respiration et des massages consentis peuvent aider l’enfant à s’apaiser et à mieux ressentir les différentes parties de son corps.

2) L’agitation peut se manifester par un flot de paroles excessif. De façon générale, les filles vont davantage exprimer leur agitation en parlant, alors que les garçons auront davantage le besoin de bouger.

3) Lorsqu’un enfant appréhende une nouveauté ou un moment stressant (positif ou négatif), il peut exprimer son inconfort ou sa joie par des comportements agités qui peuvent se tempérer bien plus facilement si on les rassure avec bienveillance.

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THÉO, 15 ANS

Les parents de Théo redoutent la période d’examens qui s’en vient pour leur fils.

Ils savent que Théo a tendance à vouloir éviter ces moments où il doit étudier : il se déplace, il bouge, il change de place dans la maison, il nargue sa petite sœur, il écoute de la musique parfois agressive…

Ils savent aussi que leur fils veut réussir, mais qu’il ne sait pas trop comment gérer le stress qui le submerge. Ils constatent quotidiennement l’agitation qui mobilise tout son corps.

LES CENT PAS

Et quand arrivent ses examens, c’est encore pire. Théo fait les cent pas dans la maison. Il se promène sans arrêt de sa chambre au salon en passant par la cuisine. Il sort, il rentre, il est mal.

Il n’arrête pas de manger. Il agace encore plus sa petite sœur. Il provoque sa maman. Il se trouve mille et une distractions plutôt que d’étudier.

Ses parents deviennent frustrés. Il n’en peuvent plus de le voir comme ça! Ils s’inquiètent surtout. Ils savent très bien que ce n’est pas de cette façon que leur ado va réussir ses examens.

Il va finir par manquer de temps et plus le délai avant les examens se resserre plus Théo s’agite. Le papa se fâche. Il veut trouver LA solution qui fera en sorte que son fils se conforme à ses consignes.

Plus ses parents augmentent la pression, plus l’attitude de Théo se complique. Il devient très désagréable quand il répond à ses parents, même s’ils demandent de ranger son sac ou de mettre la table. La spirale des disputent s’enclenchent. Les portes claquent.

Est-ce que les parents de Théo devraient intervenir avec encore plus de conviction ? Ou, au contraire, devraient-ils le laisser vivre ses expériences ?

• De quelles façons peut se manifester l’agitation chez les ados ?

• Quels sont les besoins qui se cachent derrière toute cette agitation ?

• Pourquoi les ados ont-ils encore besoin de la présence d’un adulte pour les accompagner et les soutenir lorsqu’ils se sentent submergés ?

• Pourquoi les ados s’y prennent souvent à la dernière minute pour étudier ou faire un devoir ?

LE DEGRÉ DE STRESS S’ACCUMULE TOUTE LA JOURNÉE

• Vous sentez-vous dépassés quand votre ado a une attitude irritante?

• Se pourrait-il que cela soit pire quand il vit des moments de stress?

• Qu’est-ce qui peut expliquer cet état d’agitation?

Quand son fils le confronte, le papa de Théo se sent coincé. Irrité. Excédé. Il a beau l’aimer, mais il n’en peut plus. Pour lui, aller prendre l’air ou faire un tour de vélo le calme…

Il pourrait le faire seul. Parfois, il est tellement en colère que c’est mieux. C’est juste un signe qu’il a pris une décision un peu trop tard.

Quand il prend la décision à un moment idéal, il peut alors proposer à son fils de l’accompagner. Au grand étonnement du père, l’ado n’hésite jamais à le suivre.

L’ado adore faire du vélo de montagne, mais quand il ne se sent pas bien, il ne sent pas son désir et il s’agite maladroitement.

Invité par son père, l’ado se mobilise. Ils passent donc un beau moment père-fils. Leur balade peut être sécuritaire, mais ils se donnent des défis. Et, pendant les pauses, ils rient beaucoup. La complicité se renforce. La confiance peut alors faciliter le dialogue.

Le père de Théo le sait bien. D’ailleurs, il en profite pour jaser avec lui.

L’ado lui parle de ses défis en classe et parfois de sa difficulté à être constant pour étudier. Il reconnaît que c’est difficile pour lui de gérer son temps et que, c’est plus fort que lui, il s’y prend toujours à la dernière minute pour faire ses études.

Théo explique aussi ce qu’il fait avec ses copains. Il partage sa gêne chaque fois qu’il croise la fille qui lui plaît tellement. Il pose des questions à son père sur la relation amoureuse. Les étapes. Le respect. La peur du rejet…

Le papa peut le rassurer. Il peut le conseiller. Ils conviennent qu’aussi souvent que possible, ils pourraient faire du vélo ou marcher un moment ensemble et qu’ensuite, il y aurait un moment d’étude.

Au fil du temps, Théo constate qu’il se sent apaisé après avoir discuté avec son père. Et puis, le « vieux » a de bons conseils ! C’est motivant. Ça vaut le coup d’essayer !

Retenons que…

1) Même à l’adolescence et même s’ils repoussent leurs parents, les jeunes ont besoin d’être accompagnés avec bienveillance dans la gestion de leur stress.

2) Il est rare que le jeune accepte de parler de ce qu’il vit, car – d’une part – il n’a pas de mots pour nommer ses émotions parfois très intenses et – d’autre part – il les a tellement bloquées à l’école, qu’il doit se sentir en confiance pour relâcher la tension et accéder à ce qu’il vit.

3) Les ados ont besoin d’être ramenés à l’expérience du corps, grâce à du sport ou des activités partagées, pour accéder aux mots pour décrire leur peur, leurs manques et leurs besoins.

4) Sans le retour conscient au corps, certains ados vont s’automutiler ou se blesser en pratiquant des sports extrêmes, car la douleur les ramène dans le moment présent.

5) Aider notre jeune à exprimer et à nommer ses émotions et ses préoccupations contribuent à relâcher son stress, mais il faut de bonnes conditions (respect, confiance, accueil, etc.).

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• Cerveau et adolescence: les cinq étapes pour passer du monde de l’enfance à l’âge adulte (accédez à la formation)

• Canaliser l’impulsivité de nos enfants et ados (accédez à la formation)

• Apprivoiser les 1001 émotions qui colorent la vie des familles (accédez à la formation)

• Pleine Présence et gestion des émotions des ados (accédez à la formation)

Dossier préparé par Joël Monzée & Jade Dufort – © Institut de psychologie et neurosciences, 2022.

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