POURQUOI LES COMPORTEMENTS DÉRANGEANTS DE NOS ENFANTS VIENNENT-ILS NOUS ÉBRANLER?

Par Cerveau et Psychologie

Il refuse de manger ce qu’on lui propose… Elle refuse de dire bonjour à grand-papa… Il fait une crise lorsqu’on éteint la télévision… Elle mord et tire les cheveux de son petit frère… La liste des comportements dérangeants pourrait être très longue et notre irritation peut augmenter d’une telle manière que nos réactions nous rendent peu fier de nous-même! Pourquoi sommes-nous si ébranlé quand nos enfants et nos ados agissent de manière dérangeante?

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Certains comportements de nos enfants et de nos ados, comme de nos élèves et jeunes qu’on accompagne, nous dérangent plus que de raison!

Nous devons répéter des règles qui nous semblaient pourtant claires… Rien n’y fait. L’enfant bouge trop… Il pose trop de questions… Elle prend trop de temps à faire ce qu’on lui demande… Il frappe… Elle ment…

La liste des comportements dérangeants pourrait être très longue et notre irritation peut augmenter d’une telle manière que nos réactions nous rendent bien peu fier de nous-même!

Pour retrouver la sérénité et aider le jeune à développer de meilleures ressources, il faut donc considérer deux éléments. D’une part, l’enfant ou l’ado agit d’une manière dérangeante et contrevient aux consignes. D’autre part, notre impuissance à transformer rapidement la situation.

Dans les deux cas, il peut y avoir de larges émotions qui nous font douter de nos compétences parentales ou professionnelles.

• Que se cache-t-il sous ces comportements qui amènent notre enfant ou notre ado à sur-réagir ou à sous-réagir face à une situation ?
• Pourquoi ces comportements nous dérangent et viennent nous ébranler ?
• Avons-nous notre part de responsabilité face aux comportements dérangeants de notre enfant ?
• Quelle place devons-nous prendre et comment accompagner nos élèves quand leurs émotions débordent ?

Dans ce dossier, nous vous proposons de mieux comprendre ce qui se cache sous ces comportements qui dérangent afin de mieux accompagner nos enfants avec empathie et bienveillance, mais aussi de regarder ce que nous portons comme histoire, ce qui peut altérer notre volonté d’agir avec bienveillance.

MATHÉO, 4 ANS

• Avez-vous déjà adopté l’expression du « fucking four » pour décrire l’étape dans laquelle se trouve votre enfant ?
• Vous sentez-vous impuissante quand vos enfants sont en crise ?
• Vous sentez-vous irrité quand ils s’opposent à vos consignes ?

Ah, là, là… Les enfants de 4 ans… Que dire de cet âge si particulier tellement l’intensité de ses émotions et la fréquence de toutes sortes de comportements dérangeants nous déstabilisent quotidiennement.

Déjà que les émotions durant la petite enfance peuvent parfois être très intenses, ce qui complique la quiétude de la famille ou du groupe et confronte beaucoup tant les parents que les éducatrices, mais – en plus – les crises autour des 4 ans sont encore plus dérangeantes : colère, vengeance, gestes gratuits…

Qu’on se le dise : nos jeunes enfants ne savent pas toujours comment les gérer. Et c’est normal!

Ils sont en apprentissage et nous aussi, les adultes, car ce qui fonctionne avec l’un ne réussit pas nécessairement avec l’autre. On doit adapter nos interventions.

UN VOLCAN SUR DEUX PATTES ?

Mathéo est un gentil petit garçon. Mignon, doux affectueux, serviable…

Cependant, il se fâche dès que les choses ne fonctionnent pas comme il le souhaite, surtout en présence de sa maman.

Par exemple, lorsqu’il entreprend de faire une montagne de blocs et que la tour s’écroule, il peut prendre des blocs et les lancer à travers la pièce en criant tellement fort que tout le monde se demande ce qu’il se passe.

Instinctivement, sa maman veut l’aider, mais il la repousse. Elle réessaie et il peut la frapper. Sa colère s’amplifie, ses gestes deviennent plus agressifs et il peut se mettre à crier encore plus fort.

D’autres fois, Mathéo demande pour manger une collation. S’il a possiblement faim, ce n’est pas nécessairement un bon moment. Et puis, il arrive que les enfants confondent la sensation de faim avec celle de la soif. Ou qu’il veuille du sucre, alors que sa maman essaie de le guider vers une saine habitude de vie.

Or, l’enfant de 4 ans ne comprend pas la logique de sa maman, alors il va insister, se mettre à crier et la bousculer. Une fois, elle est même tombée à la renverse tellement il l’avait poussée fortement.

La maman ne le comprend pas plus. Sa décision est pleine de bon sens, donc elle maintient sa décision. Il accepte mal le refus et il peut alors faire une crise tant et aussi longtemps qu’il n’obtiendra pas ce qu’il désire.

Et c’est ainsi chaque jour. La maman de Mathéo pourrait raconter des dizaines et des dizaines d’exemples. Elle n’aime pas toutes ces colères, alors qu’elle rêve de moments calme, doux, complices, sereins…

Au lieu de profiter d’une relation respectueuse, elle craint de plus en plus les moments qu’elle va passer avec son fils. Elle s’en veut d’autant plus qu’elle se sent autant coupable qu’impuissante. Elle anticipe jour après jour de se sentir prise au dépourvu. Elle en perd ses moyens et elle devient comme figée face aux explosions de colère.

Pour éviter de se sentir mal prise ou triste, elle se surprend à accepter des choses qui ne respectent pas certaines règles de la maisonnée. Elle craint tellement de confronter son fils. Elle n’arrive plus à intervenir auprès de son enfant.

Elle essaie de rester calme et de demeurer présente pour son fils mais c’est comme s’il prend le dessus sur la situation et qu’elle n’est pas en mesure de l’accompagner et de le soutenir dans ses moments de colère.

Pourtant, lorsqu’il a de la peine, elle arrive à la consoler, à le border.

Ils éprouvent du plaisir à jouer ensemble dans la cour, à lire des histoires, à marcher en forêt…

C’est l’excès de colère qu’elle n’arrive pas à gérer. Elle comprend que la colère est une émotion normale. Nous en ressentons tous par moment. Cependant, l’impuissance conduit si souvent à sa démission…

• Comment faire en sorte que son fils gère mieux la colère ?

• Pourquoi les colères de son fils viennent autant l’ébranler ?

• Pourquoi se sent-elle en danger face aux manifestations de colère de son fils de 4 ans?

COMPRENDRE LES ÉMOTIONS QUI SUBMERGENT NOTRE ENFANT POUR MIEUX L’ACCOMPAGNER QUAND ÇA DÉBORDE !

La maman de Mathéo aimerait comprendre ce qui pousse son fils à manifester autant de colère. Autant elle est heureuse de plein de moments partagés dans la bonne humeur, autant elle se sent dérangée par les décharges de colère de son fils.

En y réfléchissant et en remontant dans son histoire familiale, elle se souvient d’avoir vu son grand-père manifester de la violence verbale et avoir des gestes brusques lorsqu’il buvait trop lors des fêtes de famille.

Elle était toute petite. Son frère et elle se cachaient sous la table quand il se mettait à parler trop fort et à dire les choses avec une voix criarde et des propos agressifs.

Son papa lui a raconté qu’il avait vécu beaucoup de violence de son papa étant jeune. Si lui était toujours resté doux avec elle, sa maman montrait régulièrement des excès de colère. Elle se souvient d’un jour où sa mère l’avait tirée par les cheveux de la cuisine à sa chambre, car elle ne l’avait pas rangée comme il se doit. Même son frère, parfois, la frappait si elle ne cédait pas à un caprice.

• Se pourrait-il que ce traumatisme teinte la façon dont elle peut se sentir lorsque son fils fait des colères ?

Somme toute, elle a accumulé tellement de mauvaises expériences que c’est devenu traumatique pour elle : elle fige, elle anticipe, elle voudrait s’échapper. Et pour éviter que son fils ne se mette en colère, elle n’ose plus lui donner de limites. Cependant, l’absence de limites claires conduit à vivre de plus en plus d’insatisfaction et d’irritation. Elle se sent coincée.

C’est ainsi qu’elle consulte un livre offert récemment par sa meilleure amie « J’ai juste besoin d’être compris ! » Elle avait pris le livre avec un sourire gêné. Elle aurait eu envie de dire à sa copine : « et moi, est-ce qu’il va y avoir quelqu’un qui me comprend ? »

Elle avait tassé ce livre. Elle s’était même surprise à frustrer contre l’auteur ! « Qu’en sait-il, lui se demandait-elle… C’est bien beau de comprendre les enfants, mais moi ? »

Dépourvue, elle saisit alors le livre. L’auteur y explique le sens des comportements dérangeants des enfants, tout en proposant des pistes d’intervention basées sur les connaissances récentes en neurosciences. Il encourage une parentalité bienveillante dont les clés sont la constance, la cohérence et la compassion (pour l’enfant et pour soi).

Elle comprend aussi que son histoire familiale a créé un biais dans sa manière de voir Mathéo. Elle comprend qu’elle avait tellement d’attentes que son fils a de la difficulté à rencontrer les « cibles » et qu’il veut tellement être parfait que la pression le fait exploser.

Certes, la maman n’est pas responsable et encore moins coupable. En revanche, elle comprend qu’elle fait partie de la dynamique familiale et que ses attentes devraient se transformer en magnanimité.

Faire partie de la dynamique familiale n’est pas un tort, mais un moyen. Elle peut se servir de son calme pour tempérer son fils. En se régulant, elle peut réguler son fils.

Elle se promet ainsi que, lors de la prochaine crise, elle prendra un pas de recul. Elle prendra quelques respirations pour accueillir cet état d’alerte qui la submerge habituellement. Elle peut même se rappeler qu’elle n’est pas réellement en danger. Il a juste 4 ans, ce n’est ni son grand-père, ni sa mère.

C’est ainsi qu’une autre crise survient peu de temps avant le bain. Mathéo veut regarder la télévision, alors que sa maman lui rappelle que c’est le moment de se préparer. Mathéo ne l’entend pas de cette façon. Il rallume la télévision.

Elle l’éteint et se positionne devant l’écran, saisissant au passage la manette de contrôle. Elle lui rappelle la consigne. Il s’énerve, lui crie dessus, fait mime de la frapper (mais se garde une petite gêne). La maman tient bon.

Alors qu’elle garde un calme bienveillant, elle observe son fils et elle essaie de voir le comportement qui la dérange comme étant ce qui émerge d’un sentiment, d’une émotion qui le rend inconfortable : il y a une transition et la fin d’une activité qu’il aimait…

Nous reviendrons prochainement avec un dossier spécifique sur la colère, mais la maman de Mathéo comprend que son fils exprime autant de colère parce qu’il ne sait pas comment vivre l’échec. Il frustre et se décourage, alors cela explose…

Avec douceur, elle essaie de nommer ce qu’elle perçoit. Autant pour l’aider à se comprendre que pour éviter de lui imposer une étiquette, elle pose des questions : « Mathéo, est-ce que ça se peut que tu te sentes en colère en ce moment parce que tu aurais aimé continuer de regarder la télévision alors que c’est le moment d’aller prendre ton bain ? Est-ce que tu te sens frustré, fâché ? C’est normal, je te comprends. Cependant, je ne changerai pas d’idée, il n’y aura pas de télévision. Parfois, pour calmer la colère que nous avons en nous, on peut prendre un moment pour prendre de grandes respirations. Ça aide à retrouver le calme en nous. As-tu besoin de moment seul pour calmer la frustration qui est en toi ? As-tu besoin que je t’aide à calmer la colère qui est en toi ? Veux-tu qu’on prenne un moment pour respirer ensemble ? As-tu besoin d’un câlin ? Je suis là pour toi si tu as besoin. »

Par ces quelques mots exprimés avec une profonde compassion, elle sent son fils s’apaiser, ce qui l’apaise également. L’un comme l’autre quitte une « dynamique conflictuelle » pour entrer dans une « dynamique éducative ». La maman continue de mettre des limites, mais son calme intérieur tempère l’excès d’émotion de son fils.

Tout n’est pas gagné, mais elle sait et ressent que cette approche est juste.

Retenons que…

1) Les comportements sont le langage des émotions. Apprenons à observer et à comprendre quelles émotions se cachent derrière les comportements de nos enfants. Les comportements dérangeants sont une manière d’exprimer un mal-être, une peur.

2) Comme parent/intervenant, nous sommes l’assiette sous le contenant de l’enfant quand ça déborde. Nous devons l’aider et le guider dans la gestion de ses émotions. Lorsque l’enfant se sent en sécurité, il a davantage accès à ses ressources.

3) Comme adulte, nous devons être connecté à nos émotions et en prendre soin. Il sera plus facile d’intervenir avec bienveillance auprès de notre enfant si nous sommes en paix avec nos propres émotions.

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• Mélou & Dr Jay – L’école des émotions (accédez à la formation).

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LILY, 6 ANS

Geneviève est une jeune enseignante qui fait une journée par semaine dans une classe de première année. Soucieuse des enfants, elle essaie toujours de comprendre leur vrai défi avant d’intervenir. Toutefois, ce n’est pas facile de passer d’une école à l’autre, d’une classe à l’autre, pour disposer d’un horaire de travail acceptable.

LILY, UN DÉFI N’ATTEND PAS L’AUTRE

Dans cette classe du vendredi, il y a Lily. Dès le début de l’année, ses collègues l’ont décrite comme une enfant qui a des problèmes de comportement !

Et, effectivement, une journée passée dans cette classe n’est pas de tout repos. Geneviève se sent souvent dépassée et elle a de la difficulté à comprendre comment communiquer avec Lily. Pour sa part, l’élève court dans la classe, crie, mord, frappe.

Toute la journée, les évènements s’enchaînent. Lily accumule comportements dérangeants sur comportements dérangeants. Elle n’arrive pas à respecter les consignes, c’est comme si le code de vie de l’école était une quête impossible.

Parfois, elle est calme durant la première heure de classe. Il faut en profiter se dit Geneviève.

De fait, dès que la récréation débute, les problèmes de comportements resurgissent : elle lance du sable sur deux élèves qui jouaient calmement ; elle tire les cheveux d’un autre ; elle s’enfuit quand on l’appelle… Et lorsqu’il est temps de rentrer en classe, elle refuse de se mettre en rang et continue de courir dans la cour.

D’autres fois, elle quitte la cour de récréation pour se cacher dans son casier. Elle fait tout pour éviter de faire la routine du matin. Elle se met en colère et explose sans qu’on ne comprenne ce qu’elle vit exactement. Elle s’impatiente, hausse le ton et bouge davantage dès qu’on essaie de lui exprimer une limite.

Même quand Geneviève arrive à sentir qu’elle a accumulé trop de stress et qu’elle pourrait exploser si elle ne va pas la voir calmement, Lily peut se mettre à lancer les objets à portée main : crayons, livres, effaces. Elle peut aussi renverser des chaises en criant si fort qu’on dirait qu’elle hurle.

Prenant son courage à deux mains pour que le reste de la classe se sente en sécurité, Geneviève fait sortir les élèves apeurés de la classe en attendant que l’éducatrice spécialisée viennent en renfort pour forcer Lily à se calmer et la sortir de la classe afin de l’amener à son bureau.

Lily a maintenant un cahier dans lequel elle dessine un cœur pour chaque période où elle réussit à faire le travail demandé en respectant le code de l’élève : être assise à sa place, travailler en silence, lever la main si elle a une question, etc.

• Qu’est-ce qui se cache derrière ces comportements qui dérangent ?
• Pourquoi ces comportements nous déragent ?
• Comment agir avec une élève, un enfant, qui explose continuellement ?
• Quelle stratégie mettre en place pour encourager les comportements attendus ?
• Comment gérer des gestes agressifs ?
• Quels sont les besoins des enfants qui ont « des problèmes de comportement » à l’école ou la maison ?
• Quel message veulent-ils nous transmettre ? Comment se sentent-ils ?
• Pourquoi sont-ils maladroits ?

PRENDRE LE TEMPS D’OBSERVER ET D’ÉCOUTER L’ENFANT AFIN QU’IL SE SENTE VU, ENTENDU ET COMPRIS.

Un jour, Geneviève décide de prendre le temps de discuter avec Lily. Elle s’était mise d’accord avec la direction de l’école pour qu’un collègue prenne en charge la classe, afin de lui libérer du temps. C’est ainsi que les élèves vont avoir un cours supplémentaire d’éducation physique.

Geneviève emmène Lily marcher vers un petit ruisseau qui coule en arrière de l’école. Elle lui explique que c’est un privilège exceptionnel que la direction leur a donné.

Lily est calme, elles marchent côte à côte… Pour des enfants très réactifs, c’est souvent gagnant de ne pas se confronter avec le regard.

Elles parlent du film préféré de Lily, ainsi de ce qu’elle aime. Alors qu’elle sent que la confiance de son élève s’installe, Geneviève demande à Lily ce qui ferait en sorte qu’elle se sente bien à l’école. « Penses-tu que tu pourrais dessiner quand tu ne te sens pas bien ? » interroge l’enseignante.

Lily lui répond : « Madame Geneviève, j’aimerais qu’on me laisse vivre mes crises ! J’aimerais qu’on arrête de m’empêcher de faire mes crises. Parfois, j’aimerais pouvoir crier sans qu’on me dérange. Je me demande pourquoi on ne me laisse pas faire. Après, j’irais mieux et je pourrais continuer ma journée. »

Surprise et un peu désarçonnée, Geneviève poursuit l’écoute attentive, sans réagir, sans juger, sans vouloir changer les choses. Puis, l’enseignante lui demande si elle sait pourquoi elle a autant besoin de crier. La petite fille hausse les épaules. Elle ne sait pas… La question est trop vaste. C’est normal car, à six ans, elle a besoin de questions qui se répondent pour « oui » ou « non ». En partant à la pêche, l’adulte aide l’enfant à identifier son mal-être.

Pourtant, Geneviève ne veut pas aller trop vite. Sa priorité, c’est d’installer un sentiment de sécurité, pas d’investiguer les causes de ses comportements si maladroits.

Elles poursuivent l’échange en regardant l’eau du ruisseau couler paisiblement. Tout à coup, Lily explique qu’il n’y a qu’un seul endroit où elle se sent heureuse : chez son grand-père, assise sur l’un de ses chevaux, alors que le vieil homme le tient en laisse pour faire une promenade.

Lily se met alors à pleureur. Les larmes coulent sans qu’elle ne puisse les arrêter. Geneviève reste présente, elle ne veut pas intervenir. Elle sait que la colère cache souvent de la peine, donc il est nécessaire qu’elle l’exprime.

La fillette explique alors que, maintenant, elle ne va plus chez son grand-père. Sa maman ne veut plus.

En y repensant, Geneviève constate que Lily parle toujours des chevaux de son grand-père et qu’elle les dessine chaque fois que le thème est libre.

Alors qu’elles reviennent tout doucement vers l’école, Geneviève s’interroge. L’enseignante ne sait pas trop quoi faire de ces informations. Elle se demande si elle devrait en parler avec la maman de son élève, mais elle ne veut pas trahir le lien de confiance qui vient de s’installer.

Elle s’interroge sur les limites de son travail. Elle n’est là qu’une journée par semaine et elle s’intègre dans une classe dont elle sait peu de choses. Déjà que l’équipe-école est rarement informée de choses importantes qui se passent dans les familles des élèves, les disputes transgénérationnelles sont encore plus secrètes.

Chose certaine, c’est que Lily arrive à l’école avec des émotions plein son capuchon ! Si l’enseignante ne peut intervenir sur la source de la peine, elle peut toutefois tenir compte des besoins de l’élève. Cela va influer positivement sur la dynamique de la classe et, conséquemment, faciliter sa vie et sa santé ! Elle sera moins épuisée en fin de journée.

Plutôt que de craindre que l’élève ne se désorganise et d’être réactive au moindre signe de transgression du code de vie, Geneviève va s’assurer d’être bienveillante dans ses interventions auprès de tous les élèves, tout en maintenant un lien doux avec Lily. La douceur de son regard et le calme de sa voix transforme la dynamique de la classe.

Un jour, elle fait fi de ses activités scolaires. Elle amène un film « Flicka » qu’ils visionnent ensemble. Elle leur demande alors de dessiner ce qu’ils retiennent de l’histoire de la jeune adolescente et de son fougueux cheval.

Puis, elle crée un cercle de parole pour permettre aux enfants de raconter leur dessin. Ainsi, les enfants parlent d’eux, plutôt que de mimer leur voisin. C’est important avec de jeunes élèves. Lily parle de son grand-père et de sa peine. Les autres élèves ressentent la tristesse de la fillette. Eux aussi, ils se rendent compte de la peine de leur amie.

À partir de ce jour, Geneviève parla régulièrement des chevaux lorsque cela s’y prêtait. Et pour que personne ne se sente rejeté, elle inclut les animaux préférés des autres élèves. La cohérence de la classe est ainsi soutenue et Lily se sent en sécurité dans ce cadre bienveillant. Plus personne ne la reconnaît ! On dit d’elle tellement de bien, désormais.

Retenons que…

1) Nous sommes tous animés par deux besoins fondamentaux : vivre des liens sécurisants pour se sentir en confiance, tout en étant respecté comme une personne à part entière. Si ces deux besoins ne sont pas rencontrés par les adultes, les enfants vont automatiquement manifester leur mal-être par des comportements dérangeants.

2) Lorsque les enfants ne se sentent pas reconnus et entendus dans ce qu’ils ressentent, ils vivent de l’insécurité et leurs émotions peuvent prendre toute la place. Une façon d’évacuer la tension est de faire une crise. Bien que désagréable à vivre, cette crise est nécessaire pour le développement normal de l’enfant.

3) Il est parfois difficile de faire le lien entre la source et le comportement dérangeant, car la crise peut arriver bien après l’origine du mal-être ou du malaise vécu par l’enfant.

4) La confiance et la sécurité vécues avec un adulte bienveillant est fondamentale pour le développement global de l’enfant. Dans la mesure du possible, les interventions doivent préalablement reconstruire cette confiance et cette sécurité pour éviter d’être vouées à l’échec.

5) Lorsque l’enfant est apaisé, disponible et qu’il se sent en confiance, il peut alors avoir accès à son raisonnement et être disponible pour les apprentissages scolaires et sociaux.

VOUS AIMERIEZ EN SAVOIR PLUS :

Voici des ressources pour vous aider à aider les enfants à mieux vivre ses émotions :

• Les crises de l’enfant de 3 à 7 ans (accédez à la formation).

• Apprivoiser les 1001 émotions qui colorent la vie des familles (accédez à la formation).

Voici des ressources pour aider les élèves (et soi-même quand on enseigne ou intervient) :

• La fabrique de l’enfant terrible et le drame de l’élève sage (accédez à la formation).

• Prendre soin de soi pour rester serein dans un contexte scolaire plein d’incertitudes (accédez à la formation).

AUDREY, 15 ANS

Carl et Mélissa disent sans cesse qu’ils sont « à bout » de leur ado.

Carl ne se gêne pas pour dire à qui veut l’entendre que leur fille Audrey ne fait absolument rien dans la maison et Mélissa ne le contredit pas.

Ils lui demandent simplement de ramasser la table après les repas et ils obtiennent comme réponse que ça ne lui tente pas. Ses parents insistent. Elle fait la sourde oreille et s’en va flatter le chien. Pour échapper aux regards furieux, elle va aux toilettes « très longtemps »…

ESPRIT DE CONTRADICTION

Discrètement, elle va ensuite s’enfermer dans sa chambre.

Trop tard. Las, les parents n’insistent pas. Ils n’ont pas envie de se prendre une nouvelle fois la tête avec leur fille.

Quand ils mangent tous ensemble, il n’est pas rare qu’ils soupirent en l’entendant dire que la nourriture est dégueulasse, que ce n’est pas mangeable. La maman y avait mis pourtant tant d’attention pour faire un repas équilibré, plein de vitamines et de bonnes choses pour qu’elle grandisse en santé.

Ils ont aussi abandonné la gestion des écrans. À quoi bon ! Si elle a envie de se « pluguer », elle trouvera certainement une façon de le faire dans leur dos. Alors, ils se disent qu’il vaut mieux mettre leur énergie ailleurs. Somme toute, ils essaient de choisir des combats qu’ils peuvent gagner. C’est légitime.

À tout cela s’ajoute les mille et une demandes de leur ado pour aller la reconduire ou la rechercher à gauche et à droite. Ils trouvent ça éprouvant, surtout la fin de semaine quand ils ont juste envie d’être à la maison et de se reposer d’une semaine pénible. L’un comme l’autre, les parents ont un travail qui leur demande beaucoup d’énergie pour gérer les collègues et les clients.

Un soir, Mélissa va chercher Audrey chez une amie. Mélissa attend un bon moment dans la voiture avant qu’Audrey ne se présente enfin. L’ado lance son sac sur le banc en arrière, accrochant au passage le visage de sa mère. Frustrée, elle lui dit qu’elle est venue la chercher trop tôt.

Avec un mélange de douleur à la suite du coup au visage et de peine de voir autant de mépris pour tout ce qu’elle offre à sa fille malgré ses sautes d’humeur quotidienne, Mélissa éclate en sanglot. Elle n’en peut plus de ce manque de reconnaissance, de ce manque de respect.

• Que s’est-il passé pour qu’ils en arrivent là ?

Elle n’a plus envie d’une telle relation avec sa fille, mais elle ne sait pas comment transformer la dynamique familiale. Chaque jour, l’ado explose. Chaque jour, elle refuse les consignes. Chaque jour, elle en demande plus. Chaque jour, elle insulte ses parents. Chaque jour, les parents expriment leur ras-le-bol…

Elle souhaiterait tellement que ce soit plus harmonieux dans la famille. Elle sent qu’elle s’éloigne de son conjoint, tant lui se réfugie dans le travail. Ils ne passent plus de beaux moments ensemble, comme lorsqu’ils allaient au parc avec leur fillette, se promenaient en sautant dans les feuilles ou faisaient des batailles de boules de neige en arrière de la maison.

Elle se désespère tant la nostalgie des années d’enfance lui prend au ventre. Elle aimerait tellement éprouver à nouveau du plaisir tous ensemble, qu’ils puissent à nouveau communiquer cœur à cœur…

• Pourquoi leur fille semble vivre une vie en parallèle de ses parents ?
• Est-ce que cela vous arrive avec vos ados ?
• Êtes-vous parfois « à bout » de nerfs, tant vos ados confrontent vos consignes ?
• Ou préféreriez-vous qu’ils soient plus d’autonomes ?
• Aimeriez-vous qu’ils contribuent davantage à la vie familiale sans que vous n’ayez à lui demander dix fois pour qu’ils effectuent leurs tâches ?
• Aimeriez-vous qu’ils soient plus reconnaissants ?
• Est-ce qu’ils vous parlent d’une telle manière que cela vous fait grincer des dents ?
• Est-ce ça l’adolescence, un passage obligé de confrontation et d’exaspération ?
• Est-ce possible de vivre cette étape avec votre jeune de façon harmonieuse malgré ses comportements qui dérangent ?

PRENDRE UN PAS DE RECUL ET DEMANDER DU SOUTIEN AFIN DE MIEUX ACCOMPAGNER NOTRE JEUNE

Mélissa parle de tout cela avec la mère de Carl. Elle a toujours un meilleur lien avec sa belle-mère qu’avec sa propre mère. Elle se sent en confiance pour expliquer toute la peine accumulée et le sentiment d’impuissance de plus en plus envahissant.

Hélène constate le désarroi de son fils et de sa bru. Elle propose alors au couple de prendre Audrey, sa petite fille, pendant quelques temps. Juste pour permettre à son fils et sa conjointe de prendre le temps de renouer leurs liens de couple, tout en déterminant comment ils souhaitent gérer les écarts de conduite de leur ado.

Au départ, Mélissa est contre l’idée. Elle se dit que cette situation leur appartient et qu’ils doivent trouver eux-mêmes des solutions avec leur fille. En même temps, ils sont tellement irrités par les luttes de pouvoir qu’ils n’ont plus aucune tolérance envers Audrey. Cul-de-sac.

Après une nuit de sommeil, Mélissa confesse que ce n’est sans doute pas une mauvaise idée finalement. Elle en parle avec Carl qui est tout aussi hésitant. Mélissa fait remarquer qu’Audrey s’est toujours très bien entendue avec sa grand-mère. Toutefois, Carl a un peu moins de scrupule que sa conjointe, Hélène est sa maman. Et lui aussi voudrait recouvrer l’harmonie dans sa relation tant avec Mélissa que leur fille.

Les parents conviennent donc que ce recul pourra peut-être faire en sorte qu’ils repartiront sur des bases plus solides. Ils en profiteront surtout pour renforcer leur couple. C’est si commun qu’une fois devenus parents, les amoureux oublient de prendre soin de leur relation. Le travail et la réalité de jeunes parents altèrent souvent la qualité de la relation de couple.

Ainsi, ils s’entendent tous les quatre pour qu’Audrey parte vivre quelques semaines chez sa grand-mère.

Hélène explique à l’ado qu’elle l’accueille à bras ouverts, mais que les règles de base restent d’application. Comme à son habitude, Hélène demande à Audrey de venir l’aider à couper des légumes pour le souper. Audrey traine de la patte. Elle soupire. La grand-mère n’en fait pas de cas, mais rappelle la consigne.

Tout en cuisinant, elles discutent de tout et de rien ensemble. Hélène en profite pour exprimer à sa petite fille qu’elle est très heureuse de pouvoir passer du temps avec elle. Leur complicité légendaire fait fondre le mauvais caractère de l’adolescente. En même temps, Audrey admet à sa grand-mère qu’elle a sans doute exagéré.

C’est ainsi qu’Audrey se replace. Elle fait ses devoirs sans qu’Hélène ne la rappelle à l’ordre. Elles vont se promener dans le bois en arrière. L’ado court avec le chien de sa grand-mère. Elles construisent le menu ensemble au moment de faire les commissions, mais Hélène s’assure de privilégier les aliments bio. Avant et après le repas, Audrey met et dessert la table, comme lorsqu’elle est simplement en visite.

Un soir, Audrey se met à « texter » avec une amie. L’ado se fâche, monte dans sa chambre et claque la porte. Hélène attend un peu. Il faut que l’émotion se relâche un peu avant l’intervention. Elle monte retrouver sa petite-fille. Elle frappe doucement à la porte. L’ado maugrée. Hélène demande pour entrer.

Elle est couchée sur son lit. Sa grand-mère la regarde avec plein de compassion. Audrey marmonne en regardant son cellulaire. Sa grand-mère lui demande quelle série elle écoute en ce moment.

La douceur d’Hélène touche le cœur de la jeune fille. Audrey se met à rire et elle dit à sa grand-mère qu’elle aime beaucoup une série de zombies, mais qu’elle détesterait cela. Hélène insiste pour qu’elles écoutent un épisode ensemble. Audrey n’est pas très enthousiaste à l’idée, mais sa grand-mère est déjà repartie faire du pop-corn. L’ado branche son cell sur la télévision et elles regardent le film, assises confortablement dans le sofa du salon.

C’est ainsi que s’enchainent les moments qu’elles passent ensemble. Hélène va porter et rechercher sa petite-fille au Collège. Elle s’intéresse à sa musique, alors qu’Audrey a branché son MP3 sur le système audio de l’auto.

La présence bienveillante de la grand-maman contribue aux changements de comportement. Sa présence attentive, douce et ferme, amène de la constance et de la cohérence dans le respect des valeurs qui leur sont chères.

Petit à petit, Audrey se retrouve, identifie ses repères et comprend mieux pourquoi elle est parfois si agressive, pour ne pas dire méchante, avec ses parents.

De retour chez les parents, Hélène accompagne encore quelques jours la famille pour assurer une douce transition. Elle les aide à se parler. Audrey, comme ses parents, avaient besoin de ressentir le « manque » pour être en mesure de rechoisir d’être ensemble. Mélissa et Carl expriment autant leur amour inconditionnel que le cadre de respect qu’ils entendent faire respecter au sein de leur trio.

Retenons que…

1) Les ados ont besoin d’un cadre sécurisant et d’interventions structurantes de l’adulte afin de se sentir en sécurité. Ainsi, ils auront davantage accès à leurs ressources et ils sauront mieux répondre aux attentes de l’environnement familial et scolaire.

2) L’écoute compassionnelle est fondamentale pour accompagner un ado dans la gestion de ses émotions et dans la compréhension de ses besoins affectifs. Sans présence bienveillante, les mécanismes de défense l’emporteront sur le réel désir de l’ado d’être en relation saine avec autrui.

3) Comme parent, nous devons trouver un équilibre entre la nécessité de leur laisser une certaine autonomie et du temps pour outiller l’ado. Et lorsqu’une crise arrive, il est préférable de les guider à voir les opportunités plutôt que les défaites.

4) Créons une hiérarchie dans nos interventions relativement à nos attentes et à nos consignes afin d’éviter un surmenage de part et d’autre. Dans cette hiérarchie, il y a d’abord les lois, ensuite les règles et finalement les conseils.

5) Afin d’offrir de bonnes conditions affectives lors de nos interventions auprès de notre jeune, l’adulte doit prioriser la cohérence, l’intégrité, une intervention ferme et bienveillante et une compréhension des enjeux et des défis reliés au stade de développement de l’ado.

6) Par ailleurs, il est précieux de se « connecter » à son jeune, de s’intéresser à son monde. Cela se définit entre autres par un désir de comprendre la dynamique entourant l’ado et de se synchroniser à ce dernier.

POUR EN SAVOIR PLUS :

Cerveau et adolescence: les cinq étapes pour passer du monde de l’enfance à l’âge adulte (accédez à la formation).

Apprivoiser les 1001 émotions qui colorent la vie des familles (accédez à la formation).

Pleine Présence et gestion des émotions des ados – initiation (accédez à la formation).

Choisir la pleine présence pour prendre soin de soi quand le stress est chronique – formation (accédez à la formation).

Dossier préparé par Joël Monzée & Jade Dufort – © Institut de psychologie et neurosciences, 2022.

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