POURQUOI LES ENFANTS ET LES ADOS S’OPPOSENT-ILS SI FRÉQUEMMENT?

Par Cerveau et Psychologie

Elle refuse de coopérer à une demande de notre part. Il se met en colère lorsqu’on lui impose de ranger ses jouets. Elle procrastine face à une tâche qu’elle ne peut pas ne pas faire. Il nous crie que nous sommes méchants avec lui, car on refuse de céder à un caprice. Elle nous déteste lorsqu’on ne lui accorde pas le privilège réclamé… Une fois la crise enclenchée, les luttes de pouvoir se durcissent. Chacun veut avoir gain de cause. Consciemment ou non, il va résister de toutes ses forces. La frustration, la colère, le refus d’obtempérer et la provocation, voire parfois de la rage, vont nourrir le rapport de force. Comment sortir de cette spirale infernale?

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Que ce soit comme parent ou comme intervenant, il arrive parfois (souvent) des moments où notre enfant, notre ado ou notre élève manifeste des comportements d’opposition.

Elle refuse de coopérer à une demande de notre part. Il se met en colère lorsqu’on lui impose de ranger ses jouets. Elle procrastine face à une tâche qu’elle ne peut pas ne pas faire. Il nous crie que nous sommes méchants avec lui, car on refuse de céder à un caprice. Elle nous déteste lorsqu’on ne lui accorde pas le privilège réclamé…

  • Pourquoi mon enfant réagit-il ainsi ?
  • Qu’est-ce qui se cache derrière ces comportements ?
  • Qu’est-ce que mon élève essaie de me dire ?
  • Quel est son besoin ?

Une fois la crise enclenchée, les luttes de pouvoir se durcissent. Chacun veut avoir gain de cause. Légitimement, on veut que l’enfant ou l’ado « coopère », mais nous nous inscrivons dans une dynamique où la coopération est perçue comme une soumission imposée au jeune. Et, consciemment ou non, il va résister de toutes ses forces. La frustration, la colère, le refus d’obtempérer et la provocation, voire parfois de la rage, vont nourrir le rapport de force.

  • Lorsque votre enfant s’oppose, quelles émotions émergent en vous?
  • Comment détourner son attention et faire en sorte qu’il arrête?
  • Avez-vous une envie de le confronter à votre tour ou avez-vous plutôt envie de fuir la situation?

Alors que le jeune manifeste son refus de céder, nous ressentons progressivement une multitude d’émotions. L’impatience nous envahit. Nous avons envie d’hausser le ton pour nous faire entendre afin que l’enfant obtempère. Nous ressentons de l’impuissance face à la situation qui se répète parfois quotidiennement. On se désespère. On devient mélancolique ou désillusionné. Quelque part, il faut qu’un des deux accepte et rompe la lutte de pouvoir. Et bien sûr, nous avons une envie très profonde que l’enfant ou l’ado cesse de s’opposer.

  • Comment s’installe la lutte de pouvoir et comment y mettre un terme dans le respect de chacun?
  • Qu’est-ce qu’on y gagne?
  • Qu’est-ce qu’on y perd?
  • Qu’en est-il de la relation?
  • Qu’en est-il du lien de confiance?

Et, en classe, si l’opposition était en fait une façon pour l’élève d’exprimer son mal-être?

Et si, au retour d’une journée d’école, s’opposer, crier, procrastiner étaient des façons, peut-être maladroites, mais normales dans son développement, de répondre à son besoin d’être en lien avec nous?

Dans ce dossier, nous vous proposons de démystifier l’opposition afin de mieux comprendre les besoins qui se cachent derrière ces comportements. Aussi, nous vous proposons des pistes de réflexion pour vous guider à transformer l’opposition en saine affirmation de soi.

BENJAMIN, 4 ANS

Benjamin, le fils de Lucie et Olivier, va à la garderie dans un centre de la petite enfance. C’est toujours le même CPE depuis que sa maman a repris le travail. Les éducatrices y sont accueillantes, soucieuses et bienveillantes.

Durant la journée, tout se passe bien. Son éducatrice le trouve adorable, attachant, drôle. Même s’il a souvent envie de bouger, elle lui rappelle les consignes de marcher à l’intérieur du local, d’être en rang dans les corridors et de bien s’asseoir en attendant que tous les autres amis aient terminé de s’habiller. Il a gagné en autonomie et elle est fière de lui.

Toutefois, les parents, eux, sont à bout de souffle et à bout de ressources. En effet, le comportement de Benjamin est totalement différent à la maison.

C’est ainsi que, dès son retour de la garderie jusqu’au dodo, c’est l’enfer! Leur petit garçon est une vraie bombe à retardement qui explose dès que Lucie ou Olivier « osent » dire non à une demande, surtout si celle-ci est farfelue.

L’enfant si calme à la garderie bouge continuellement une fois à la maison. Il court et grimpe partout, il crie. Les parents se disent qu’il a besoin de relâcher son trop plein d’énergie de la journée, mais cela ne s’arrête pas. Au contraire, il se transforme parfois en vraie tornade.

LE SYNDROME DE LA TOUTE-PUISSANCE INFANTILE

Lucie qui a déjà des journées bien remplies n’arrive pas à travailler les deux heures nécessaires que son patron lui permet de faire à la maison pour que la journée de garderie ne soit pas trop longue.

Quand Olivier rentre de son travail, il est souvent mentalement épuisé. Ainsi, les parents souhaitent que leur fils se dépose et joue à des jeux calmes. Toutefois, Benjamin, lui, a envie de continuer à poursuivre les « méchants » qui ont volé le trésor de sa tribu imaginaire. Il n’entend pas les demandes de ses parents, il joue passionnément surtout que le chef de la tribu et le village comptent sur lui.

Accablé, Olivier hausse la voix pour se faire bien entendre. Comme Benjamin poursuit sa mission secrète, il lance un ultimatum: « arrête, sinon tu vas dans ta chambre ».

Ça y est ! Benjamin a repéré le voleur du trésor si précieux pour sa tribu. Il se met alors à crier et à lancer ses jouets. Frustré, le père réagit. Légitimement, il le saisit par le fond de culotte et le conduit sans ménagement dans sa chambre. Au lieu de « calmer » l’enfant, c’est la crise! Le héros se débat contre le monstre qui semble plus fort que lui. Benjamin veut pourtant que son village soit fier de lui.

Les parents se sentent dépourvus car, tous les soirs, Benjamin fait une crise. Que ce soit pour un jouet brisé, un repas qu’il ne veut pas manger, le bain qu’il n’a pas envie de prendre. N’importe quelle situation déclenche à un moment ou un autre une crise qui peut durer plusieurs heures.

Investi dans son jeu de rôle, Benjamin va manifester de nombreux comportements d’opposition et de provocation.

Les parents se sentent coincés. Olivier constate que son fils fait ressortir une telle impatience en lui qu’il voudrait lui donner une fessée. Il résiste, mais il peut être brusque dans ses gestes et il a recours à sa grosse voix pour se faire entendre.

Lucie, quant à elle, voudrait juste éviter les crises. Elle sait qu’elle cède régulièrement à ses caprices, surtout quand elle est à l’épicerie. Elle a pris cette habitude quand Benjamin avait deux ans pour éviter les « crises de bacon » si dérangeantes au milieu des allées du magasin. Elle se sentait si « poche » quand les autres clients la dévisageaient, alors que Benjamin criait pour avoir des céréales trop sucrées ou des chips.

Les parents constatent que plusieurs comportements de leur fils ne correspondent pas aux valeurs de la maison. Lorsque Benjamin s’est endormi, les parents se regardent, découragés. C’est ça la vie de famille? Un chaos quotidien? Ils sont déroutés et se demandent comment stopper ces crises et tous ces comportements d’opposition provocatrice.

  • Les crises de nos enfants sont-elles normales?
  • Pourquoi les crises se font davantage à la maison avec papa et maman?
  • Pourquoi mon enfant arrive-t-il à bien se comporter à la garderie alors qu’à la maison ce sont les pleurs et les crises pour un non?
  • Que se cache-t-il derrière ces pleurs et ces crises de mon enfant?
  • Quel est son besoin?
  • Comment intervenir auprès de notre enfant tout en prenant soin de nos propres émotions?

J’AI JUSTE BESOIN D’ÊTRE COMPRIS

Lucie et Olivier ont besoin de mieux comprendre pourquoi leur fils s’oppose et les provoque. Ils aimeraient aussi trouver des façons de l’accompagner qui respectent ses besoins de « lâcher son fou » après une journée où il a dû composer avec les consignes disciplinaires, les rythmes imposés par la journée-type de la garderie, les cris et pleurs des autres enfants du groupe, le partage parfois à contre-cœur des jouets dans les périodes libres, etc.

Alors, ils partent à la recherche de solutions. Ils apprennent, par exemple, que le jeu de rôle de leur fils est normal à quatre ans. Les jeunes enfants explorent les possibles et recherchent les limites qui doivent être cohérentes et constantes. Parfois, l’enfant a besoin de se confronter à ses parents pour sentir la frontière entre ce qui est possible et ce qui est interdit ou, du moins, inopportun à un moment donné ou un lieu particulier.

Toutefois, c’est en visionnant la formation Transformer l’opposition en affirmation de soi qu’ils ont mieux compris leur fils. Ils apprennent notamment que les comportements d’opposition sont induits par le fait que leur fils a besoin d’être vu, entendu et compris par ses parents. Il recherche aussi leur admiration, et ce, même s’il s’y prend très mal du point de vue de l’adulte.

Ils constatent que son besoin de bouger est d’autant plus important qu’il a freiné toutes ses envies et de nombreuses pulsions durant la journée. Dans son imaginaire, Benjamin se préparait à partir à la recherche du trésor. Il s’est fait discret toute la journée pour détecter les indices mais, une fois parti du village, il lui fallait désormais sauver l’honneur de sa tribu.

Lucie et Olivier comprennent progressivement les besoins contradictoires de leur fils. Ils se rendent compte des efforts réalisés durant la journée. Ils comprennent que « c’est le prix à payer » pour garantir la sociabilité de Benjamin à la garderie. Ils voient progressivement que, même quand il les frappe, c’est une tentative désespérée pour rester en lien avec ses parents.

Comme il est contrôlé par son cerveau émotionnel (ce qui est normal à son âge), Benjamin ne comprend pas ce qui se passe dans son corps quand il revient de la garderie. Il a un feu intérieur, il veut bouger, il veut s’exprimer dans le mouvement et dans sa quête héroïque.

Alors, c’est difficile pour lui de retenir toute sa fougue quand ses parents veulent qu’il arrête de bouger. Il ne comprend pas pourquoi ils ne comprennent pas qu’il est un super-héros qui doit sauver l’honneur du village en retrouvant le trésor volé. Il se sent incompris et il voudrait tellement que ses parents l’admirent pour ses prouesses chevaleresques.

C’est toute une tempête d’émotions qui se passe en lui. Ainsi, l’intensité se transforme en crise.

Comprenant mieux leur fils, les parents vont désormais entrer dans une danse avec Benjamin. Ils lui donneront des missions. Ils le féliciteront pour la réussite de toutes ces petites réussites. Ils lui diront qu’ils sont fiers de le voir réussir à conserver son calme durant la journée.

Lucie change aussi sa routine du soir. Elle passera par la plaine de jeux extérieurs avant de rentrer à la maison pour que son « gentil héros » puisse se défouler. Ainsi, elle peut travailler comme prévu, car Benjamin est plus doux quand il joue à côté d’elle.

Olivier va, pour sa part, se batailler avec lui quand il rentre du boulot. Parfois, il lui fait mal, mais le père s’excuse immédiatement. D’autres fois, c’est le fils qui est plus brusque. Il apprend à moduler sa force physique…

Retenons que …

1) Vers l’âge de 4-5 ans, l’enfant essaie de comprendre son environnement et de comprendre comment le monde fonctionne, il teste les limites. Il est certain qu’il sera maladroit, qu’il fera des gaffes à certains moments.

2) L’enfant s’oppose parce qu’il ne comprend pas ce qui se passe en lui. C’est un appel à l’aide, il a besoin d’être accompagné par un adulte qui le guidera avec bienveillance dans la compréhension de ce qui se passe en lui.

3) Comme parent/intervenant, plus je comprends l’enfant et décode ses comportements, plus facilement je vais pouvoir l’accompagner.

POUR ALLER PLUS LOIN

· Les crises de l’enfant de 3 à 7 ans (accéder à la formation)

· Transformer l’opposition en affirmation de soi (accéder à la formation)

MAÉVA, 9 ANS

Nous avons tous tendance à réagir quand un enfant s’oppose à nos consignes. Instantanément, nous ressentons de la frustration et nous allons interpréter les comportements comme de la provocation, de la fuite, de la paresse, etc. S’il est légitime d’intervenir pour aider le jeune à développer ses habiletés sociales (ce qui comprend la nécessité de respecter le code de vie, le code de la route, les codes sociaux, etc.), notre propre histoire et nos attentes peuvent perturber autant notre compréhension que la qualité de notre intervention.

Fatiguée depuis plusieurs années, Sandra enseigne en 4e année. Elle constate que ses élèves sont de plus en plus rudes entre eux dans la cour de récréation. Elle doit composer avec des parents qui parfois ont des attentes démesurées envers elle. Elle essaie de faire de son mieux, mais elle perd le goût de ce métier qu’elle a pourtant tant aimé. Il y a toutefois des journées bien difficiles…

Cette année, la petite Maéva lui demande de puiser profondément dans ses ressources pour ne pas exploser de colère. L’élève est fonceuse, énergique et brillante. Elle reconnaît tout le potentiel de la jeune fille. Malheureusement, elle a fréquemment des « attitudes provocatrices » quand elle lui donne une consigne: le regard plein de colère, les épaules qui se lèvent, des mimiques de mépris envers elle, la sourde oreille et même parfois des grimaces qui invitent les autres élèves à se mutiner contre son autorité.

Maéva ne va pas se gêner pour dire à son enseignante qu’elle se trompe, qu’elle n’a pas raison. Quand elle trouve qu’un exercice est inutile, il lui arrive de refuser catégoriquement d’effectuer un travail donné. L’élève parle sans lever la main. Elle rit haut et fort pour perturber les explications données pour enseigner la matière du jour.

« Qu’est-ce qu’elle va encore faire aujourd’hui » s’inquiète Sandra, alors qu’elle se plaint à ses collègues. Elle est connue, la Maéva. Depuis qu’elle est arrivée en maternelle, elle provoque sans cesse. Combien de fois n’ont-ils pas sanctionner ces attitudes inacceptables? Rien n’y fait. Au contraire, on dirait même qu’elle cherche à être punie! Et quand l’éducatrice ou l’enseignante blâme son comportement provocateur, Maéva les regarde avec encore plus de mépris…

Sandra se sent souvent envahie, impatiente. Elle tente de garder son calme et de respirer par le nez. Elle peut bien expliquer à Maéva qu’elle n’aime pas comment l’élève s’adresse à elle. Elle lui reflète régulièrement que Maéva manque de respect envers elle et envers les règles de vie de la classe. Rien n’y fait. Maéva va alors hausser les épaules l’air de dire: « je m’en fou ».

Somme toute, l’élève est sans doute atteinte d’un trouble de l’opposition avec provocation. Pour protéger son enseignante, la nouvelle directrice se doit de convoquer les parents et de demander un suivi en pédopsychiatrie.

  • Pourquoi un élève cherche-t-il à provoquer son enseignant ?
  • Le fait-il avec une intention de provoquer ou l’intention est toute autre?
  • Que recherche-t-il?
  • Y a-t-il un besoin sous-jacent à ce comportement d’opposition et de provocation?
  • Comment intervenir auprès de ces élèves?
  • Comment les accompagner avec bienveillance et les amener à s’affirmer de façon plus saine?
  • Qu’en est-il des termes utilisés quand on suspecte un trouble de l’opposition avec provocation?

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Sandra se sent parfois autant mal à l’aise avec les jugements de ses collègues que l’attitude provocatrice soutenue de son élève. Les luttes de pouvoir sont fréquentes dans nos sociétés. On dirait qu’on apprend guerre d’une génération à l’autre.

Elle sait que l’école est un lieu qui, parfois, tente de conformer les élèves à un rôle prédestiné. Si cela marche bien pour les « futurs employés du mois » et certains élèves très anxieux, c’est peu efficace pour les « visionnaires » ou les « futurs entrepreneurs » qui, eux, ont besoin de plus de latitudes. Il y a une force dans l’opposition. Pourtant, certains veulent briser le comportement du jeune.

Elle-même en a souffert quand elle était adolescente. Longtemps, elle avait accepté le deal d’être l’élève parfaite. Toutefois, elle avait fini par s’automutiler tellement ses angoisses étaient envahissantes. Quelque part, elle admire son élève qui la provoque. Elle se dit qu’elle aurait aimé avoir sa fougue, tout en étant bien embêtée par ses attitudes provocatrices.

L’enseignante souhaiterait donc que son élève s’affirme plus sainement. Elle s’interroge. Que ferait-elle avec ses propres enfants dans cette situation? Elle discuterait calmement avec eux, autant pour comprendre ce qu’il se passe que pour trouver des façons de faire pour apaiser leurs émotions parfois intenses. À la maison, elle ose se montrer vulnérable, mais peut-elle en faire de même à l’école?

Elle en discute avec la nouvelle directrice. Contrairement à l’ancienne, elle veut privilégier l’éducation positive et la bienveillance. Pour elle, le comportement d’un élève est un langage que les adultes utilisaient quand ils étaient jeunes, mais – à force d’être blessés par des adultes peu empathiques – ils l’ont oublié… Une forme de cycle de violence éducative qui se perpétue.

La directrice invite donc Sandra à essayer d’avoir un échange serein avec son élève. Elle la rassure, elle lui dit qu’elle sera disponible en cas de besoin. Sandra lui mentionne que ses collègues estiment que les élèves doivent se conformer et se résigner. Avec tendresse, elle répond à son enseignante « Et avec Maéva, ça marche? Et si tu essayais une autre stratégie? N’est-ce pas pour ça que tu es devenue enseignante? »

Sandra se sent rassurée. Elle décide d’adopter une attitude d’ouverture et de calme face à Maéva. L’enseignante lui propose de dîner ensemble le lendemain. Juste toutes les deux. Dubitative, l’élève accepte. Devant un visage peu expressif, Sandra voudrait se refermer, par peur que l’enfant n’abuse de sa générosité. Elle sent les tensions musculaires, mais fait ses exercices de pleine présence pour se reprendre.

Ainsi, Sandra apporte un petit dessert qu’elles pourront partager. Maéva sourit! Elle semble heureuse de ce privilège. Pendant qu’elles mangent, Sandra essaie de mieux comprendre la dynamique et les intentions de son élève. Est-ce que tu te sens bien en classe? Est-ce que tu te sens bien avec moi comme enseignante? Est-ce qu’il y a quelque chose que tu aimerais que je fasse différemment? Tout semble ok.

Alors, Sandra lui partage quelques situations qu’elle a elle-même vécues quand elle était enfant. Elle lui parle de son anxiété, de ses douleurs au ventre, de son père qui se moquait d’elle… Elle lui raconte qu’elle a dès lors chercher à être l’élève parfaite pour avoir de l’attention positive, mais qu’elle était si triste pourtant. Elle lui avoue même qu’elle l’admire d’oser confronter les adultes, mais aussi qu’elle s’inquiète qu’elle soit constamment punie.

NE PAS CRAINDRE D’OSER UTILISER SA VULNÉRABILITÉ

Maéva se sent honorée d’être devenue, ne serait-ce qu’un moment, la confidente de son professeur. L’enfant se sent toujours plus en sécurité auprès d’adultes que de jeunes de sa classe. Une situation tellement fréquente chez les élèves ayant de grandes facilités à l’école. Ils captent un paquet de signaux émotifs chez les pairs, mais ne savent pas toujours comment les gérer…

Ensuite, Sandra lui pose des questions sur sa vie hors de l’école. Elle sent que Maéva est devenue soudainement inconfortable. Est-ce que ça se passe bien dehors avec les élèves? Tu as des amis avec qui jouer? Et là, Maéva éclate en sanglots.

Ça ne se passe pas bien durant les récréations avec les pairs. Elle dit qu’elle ne se sent pas à sa place avec les autres élèves. Elle les trouve bébé-la-la. Elle ne sait pas pourquoi elle se sent si mal avec eux. « Parfois, explique l’élève, c’est comme un volcan qui ne demande qu’à exploser. Et quand je suis près de vous, je veux tout faire pour que vous fassiez attention à moi. Il y a d’autres fois où je m’ennuie tellement. Vous devriez savoir que les exercices sont trop faciles pour moi ! Alors, je suis fâchée. »

Sandra comprend enfin ce qui se passe pour son élève. Elle la remercie d’avoir osé se confier. Elles déterminent ensemble un code pour que Maéva n’ait plus besoin de la provoquer pour avoir un minimum d’attention somme toute bien négative… L’enseignante préparera désormais un cahier d’exercices très particulier pour son élève, afin que celle-ci puisse développer des outils pour découvrir l’atlas de ses émotions.

Retenons que…

1) Si un élève vit quelque chose de difficile que ce soit à la maison, dans l’autobus ou sur la cour de récréation, il a besoin de sentir que son enseignante est là pour lui. Il peut alors provoquer l’adulte pour obtenir un minimum d’attention, qu’elle soit positive ou négative. C’est avant tout une recherche de lien pour se sentir en sécurité.

2) Il est nécessaire de décoder l’intention réelle qui initie les comportements parfois dérangeants chez nos enfants. De cette façon, nous pouvons intervenir de façon bienveillante et les aider à canaliser de manière constructive leurs pulsions afin qu’ils deviennent plus autonomes, engagés et intègrent dans leur vie.

3) Comme adulte, il est utile de prendre soin autant de ses propres émotions que de celles qui émergent lorsqu’un enfant nous provoque par ses comportements. En prenant parfois un pas de recul, il est alors plus facile d’intervenir avec bienveillance pour éviter de tomber dans une lutte de pouvoir.

POUR ALLER PLUS LOIN

· Transformer l’opposition en affirmation de soi (accéder à la formation)

· Apprivoiser les 1001 émotions qui colorent la vie des familles (accéder à la formation)

· Prendre soin de soi pour rester serein dans un contexte scolaire plein d’incertitudes (accéder à la formation) – Formation pour les enseignants et collègues du milieu scolaire.

WILLIAM, 16 ANS

Depuis quelques temps, William est complètement « vege ». Il ne range plus sa chambre. Il veut juste s’habiller en mou. Il a arrêté de pratiquer son sport favori. Il fait comme s’il n’entendait rien quand ses parents – Louise et André – lui demandent de l’aide pour mettre la table ou ranger le lave-vaisselle. Il ne fait pas ses travaux et les courriels de signalement de ses « oublis » s’accumulent dans la boite de courriel des parents…

Bien sûr, Louise et André ont bien remarqué que la copine qu’il fréquentait depuis l’été ne vient plus chez eux. Au début, ils ne s’inquiétaient pas. Pourtant, le manque de volonté de leur fils les interpelle. Ce n’était pas son habitude de réagir de la sorte, lui qui a toujours été pro-actif et admiré pour son leadership positif tant par ses profs que ses coaches. Que se passe-t-il?

Le problème, c’est qu’autant il est « passif » pour effectuer ses travaux scolaires et ses tâches domestiques, autant il explose de colère et de reproches quand ses parents essaient de l’interroger sur ce qu’il vit. Louise et André ne reconnaissent plus leur fils. Ils essaient pourtant de rester bienveillants avec lui, d’y aller avec douceur, de lui partager leur amour et leur confiance. Rien n’y fait.

Et puis, l’un comme l’autre craignent qu’il ne prenne du pot. Depuis que le cannabis est vendu et consommé légalement au Canada, les jeunes croient que cela n’aura pas d’incidence sur leur cerveau. Quand ils abordent le sujet avec lui, il explose et les insulte.

Parfois, Louise se surprend à respirer l’odeur des vêtements de son fils pour y déceler une éventuelle trace de fumée de cigarettes. Puis, elle s’assoie dans le divan et pleure toutes les larmes de son corps en se demandant où est passé son fils qui était si complice avec elle…

  • Comment sortir de tous ces conflits à la maison quand on donne une consigne?
  • Pourquoi les émotions débordent-elles si facilement quand nos jeunes sont frustrés?
  • Comment aider son ado à mieux vivre les moments plus difficiles?
  • Que cache les comportements d’opposition provocatrice ou passive des ados?
  • Comment aider les jeunes à transformer ces comportements irritants en actions constructives?

FAIRE ATTENTION AUX IDÉES REÇUES

Un jour, Louise tombe sur un livre d’un neuropsychologue vaguement connu présentant quelques traits du trouble de l’opposition avec provocation. Les critères semblent cohérents avec les comportements de William.

Pour sa part, André a visionné un documentaire sur la bipolarité et trouve lui aussi que les critères semblent définir la dynamique comportementale de leur fils. C’est décidé, ils vont en parler avec leur médecin de famille, mais l’attente est longue.

Au détour d’une allée de l’épicerie du village, André et Louise croisent « Coach Max » l’entraîneur de basket de leur fils. Un peu surpris et mal à l’aise de l’aborder, les parents de William l’interpellent. L’homme, affable, semble tout content de les croiser et demande des nouvelles de leur gars.

Tout en s’excusant de partager des choses difficiles, les parents expliquent leurs inquiétudes face aux comportements de William. Max les écoute attentivement. Les ados, il connaît ça. Avec son expérience de professeur d’éducation physique et d’entraîneur, il en a vu des centaines… pour ne pas dire des milliers.

Max leur partage à son tour ce qu’il a constaté ces derniers mois. Il raconte qu’en fait, il avait une amie depuis l’été. Les parents acquiescent, Anne-Marie était un peu plus âgée que William, mais ils semblaient heureux. Ils n’ont pas trop compris pourquoi ils se sont séparés… et leur fils refuse d’en parler. Ils lui expliquent aussi qu’ils sont tristes de le voir abandonner son sport.

C’est ainsi que le professeur va leur raconter ce qu’il sait. « J’essaie en général de ne pas transgresser la confiance de mes joueurs ou de mes élèves. Toutefois, cela ne servirait pas William en ce moment si je ne vous partage pas certaines informations qui vont vous aider à comprendre ce qu’il traverse pour le moment, surtout qu’Anne-Marie est sa nièce et qu’il connaît donc un peu la situation. »

En fait, Anne-Marie a débuté son Cégep et ses cours sont très exigeants (LIRE L’HISTOIRE D’ANNE-MARIE). Ainsi, elle a choisi, à tort ou à raison, de rompre avec William pour se consacrer à ses études. Elle ne voulait pas l’emprisonner dans leur relation en lui demandant de patienter qu’elle soit plus disponible. Elle a juste eu peur de ne pas y arriver, mais il sait qu’elle n’en mène pas large non plus, car elle l’aime encore. « Sauf que ces deux-là ne se parlent pas ! »

IL FAUT TOUT UN VILLAGE POUR ÉLEVER UN JEUNE

Par ailleurs, Max explique que William a frappé un mur sur le plan technique ces derniers mois. Il s’est rendu compte que le rêve de faire une carrière sportive était trop ambitieux. Certes, il a du talent, mais pas celui qui lui permettrait d’être recruté par une équipe de haut niveau, même pas au Cégep. Il faut que son sport reste un hobby, mais ce ne sera pas un métier. Il est donc en train de faire le deuil de son rêve.

L’enseignant poursuit ses explications. « Nous discutons de temps en temps. Je crois qu’il reviendra s’entraîner, mais il doit désormais se trouver une nouvelle direction pour se réaliser. Or, les choix de Cégep l’angoissent. Il ne voit pas cela comme une opportunité, mais un calvaire. Il lui faudrait peut-être rencontrer un orienteur. Par ailleurs, je pourrais – si vous m’y autorisez – essayer de parler avec Anne-Marie, sans toutefois me mêler de leur histoire d’amour… »

Adieu l’idée d’un trouble de l’opposition ou celle de la bipolarité. Louise et André constatent qu’il est très facile de se laisser influencer par des critères exposés sans nuances. Parfois, les explications sont bien plus simples.

Somme toute, les comportements d’opposition passive ou provocatrice chez les ados, comme chez les enfants, sont des tentatives de s’affirmer lorsqu’ils ne se sentent pas vus, entendus et compris. Parfois, l’intensité émotionnelle est très vive et ils vont tenter maladroitement de réduire leurs tensions en devenant « vege » ou ils vont exploser de colère pour relâcher cette intensité envahissante.

L’adulte peut bien faire les choses, mais il n’a pas toujours les clés pour comprendre. Frustrés, les ados ne se sentent pas bien et ils veulent retrouver leur part d’intégrité. Ainsi, derrière ces comportements se cache un appel à l’aide, un appel à être entendu, un appel à être aimé, un appel à être en lien avec la personne en qui il a confiance et qui peut le rassurer.

Retenons que…

1) Tout comme les comportements plus réactifs, les comportements sous-réactifs peuvent être un appel à l’aide, un appel à l’amour, une demande de soutien de la part de notre adolescent. C’est d’autant plus présent que l’angoisse les prend aux tripes, car ils figent et ne savent pas comment sortir de cette léthargie.

2) Les tempêtes émotionnelles, les crises sont – malgré les apparences – salvatrices. En d’autres mots, elles sont nécessaires même si elles sont dérangeantes pour les adultes, parents ou intervenants. En effet, elles permettent un relâchement du stress accumulé, tant au niveau corporel qu’émotionnel.

3) À l’adolescence, même s’ils semblent réfractaires, nos ados ont besoin que nous les accompagnions et que nous les aidions à comprendre leur mal-être. Ils n’y arrivent pas seuls. Toutefois, c’est parfois une tierce personne qui peut jouer le rôle de tuteur de résilience.

4) À travers les discussions avec un adulte de confiance et la compréhension de ce qui se passe en lui, l’ado aura davantage accès à ses ressources. L’adulte guide le jeune à apprivoiser ses ressources afin qu’il devienne de plus en plus autonome dans la compréhension et dans la gestion de ses émotions.

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